Genève

Un Modigliani séquestré aux Ports francs

Propriété d’une société offshore dont l’ayant-droit a été révélé par les «Panama papers», un chef-d’œuvre de Modigliani prétendument spolié par les nazis a été séquestré par le parquet genevois

Identifié vendredi aux Ports francs de Genève lors d’une perquisition menée par le procureur Claudio Mascotto, l’Homme assis appuyé sur une canne a été séquestré dans le cadre d’une procédure ouverte à la suite des révélations des Panama papers, confirme lundi le porte-parole du Ministère public genevois, Henri Della Casa. Invoquant le secret de l’instruction, le parquet se refuse à tout autre commentaire.

Jusqu’à nouvel ordre, ce chef-d’œuvre de Modigliani ne peut donc plus quitter les locaux loués par la société d’entreposage d’œuvres d’art Rodolphe Haller, qui le stocke pour le compte de son propriétaire, la société offshore International Art Center (IAC). Une société dont les Panama papers ont permis d’établir l’identité de l’ayant droit économique unique - et donc propriétaire de fait du tableau: le collectionneur d’art David Nahmad.

Evalué à 25 millions de dollars, la toile fait l’objet d’une controverse depuis 2009. Agissant pour le compte d’un agriculteur français, la société canadienne Mondex Corp – spécialisée dans la traque d’objets spoliés – affirme en effet que le tableau aurait été spolié par les nazis à son grand-père, Oscar Stettiner, pendant la deuxième guerre mondiale.

«Adjugé au su et au vu de tout le monde»

La procédure intentée par Mondex en 2011 devant la justice américaine a fait chou blanc jusque-là, notamment pour une question de for juridique. L’argumentaire des Nahmad? Seul propriétaire juridique de l’œuvre, IAC n’est pas une société américaine, il ne peut donc pas y avoir de for à New York. C’était compter sans les Panama papers et les révélations sur l’ayant droit effectif du tableau, masqué jusqu’alors par la société écran panaméenne.

Réagissant aux révélations par l’entremise de son avocat genevois Rodolphe Gautier, David Nahmad estime que celles-ci mettent gravement en cause sa «probité professionnelle et morale, ainsi que sa réputation». Il rappelle que «ce Modigliani a été adjugé le 25 juin 1996 à Londres pour un montant de 1,9 million de livres sterling, au su et au vu de tout le monde, lors d’enchères publiques organisées par Christie’s».

«Lors de son adjudication, pas plus qu’aujourd’hui d’ailleurs, il n’existait pas le moindre indice que cette œuvre ait pu être spoliée par les nazis», poursuit l’avocat, qui rappelle que son client serait prêt à le faire restituer si, par impossible, la spoliation de cette œuvre par les nazis devait être prouvée.

Pas de dissimulation

Pour l’avocat, «la société IAC a simplement été utilisée pour des raisons de confidentialité, selon un usage très répandu lors d’enchères publiques.» Mais pas de dissimulation, assure-t-il, soulignant que le tableau a été exposé «à travers le monde» depuis son acquisition. Notamment au Musée d’art moderne de Lugano en 1999, à la Royal Academy of Arts de Londres en 2006 ainsi que dans les galeries londonienne et new yorkaise de la famille Nahmad. «Le tableau a encore été mis en vente publique par Sotheby’s à New York en 2008», insiste Rodolphe Gautier.

Pour David Nahmad et son avocat, l’affaire est entendue: «Mondex Corp, coutumière du fait, espère contraindre le propriétaire de bonne foi de ce tableau à lui reverser une somme conséquente, dont elle conserverait évidemment une part non négligeable.» Le collectionneur assure enfin être «confiant que ce litige purement civil sera tranché en sa faveur car le demandeur reconnaît n’avoir jamais entendu parler de ce tableau jusqu’à ce que Mondex Corp vienne le trouver.»

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