La Fondation Bührle à Zurich a fait un pas en direction des descendants de l’ancien propriétaire du Champ de coquelicots près deVétheuil. Cette toile de Monet,acquise par l’industriel Emil Bührle en 1940, est une des pièces maîtresse de la collection impressionniste.

Le Chilien Juan Carlos Emden se bat depuis des années pour faire reconnaître les droits de sa famille sur un tableau vendu selon lui dans l’urgence et bien en dessous de son prix par son père, un juif contraint de fuir le nazisme et qui s’était réfugié en Amérique du Sud.

Jeudi, une rencontre a eu lieu à Zurich entre des représentants de la Fondation Bührle et de la famille Emden. «Elle a conduit à des résultats très productifs», a déclaré aux médias Markus Stötzel, l’avocat de Juan Carlos Emden.

«Les deux parties ont reconnu qu’il existe des lacunes dans la provenance de la toile et ont convenu de tout faire pour s’efforcer de les combler. Il y a des raisons de croire que l’on trouvera des réponses à une partie des questions ouvertes. Les discussions menées il y a quatre ans avec la Fondation Bührle n’avaient pas donné satisfaction. Il en va autrement aujourd’hui», a précisé Markus Stötzel.

Les questions ouvertes concernent la transaction dans l’hiver 1940-1941. Le Champ de coquelicots était propriété de Max Emden, homme d’affaires juif qui avait émigré au Tessin en 1933 pour fuir l’Allemagne nazie, où il avait acheté les îles de Brissago. A sa mort en 1940, son fils unique Hans Erich Emden a cédé le tableau pour 30 000 francs à un marchand d’art allemand établi provisoirement à Saint-Gall. Par un intermédiaire, il a été racheté pour 35 000 francs par Emil Bührle en 1941.

Le moment choisi parJuan Carlos Emden pour réitérer ses prétentions n’est pas fortuit. Il y a quatre ans encore, la Fondation Bührle avait refusé d’entrer en matière. Mais elle est désormais sous pression. Sa collection, qui compte tous les grands noms de l’impressionnisme, doit rejoindre le Kunsthaus d’ici 2017, dans une aile nouvelle construite tout exprès d’ici là. Un contrat entre la Fondation Bührle et le Kunsthaus règle le prêt à long terme de 190 tableaux et sculptures.

Or, les citoyens de la ville de Zurich votent le 25 novembre prochain sur un crédit de 88 millions de francs pour cet agrandissement. Même si le Kunsthaus et la Fondation Bührle restent deux entités juridiques distinctes, on comprend bien que le musée des Beaux-Arts de Zurich ne peut pas prendre le risque de voir sa réputation ternie par une affaire de biens spoliés exposés sous son toit. Et qu’il a certainement fait en sorte que la Fondation se montre plus coopérative que par le passé.

«Nous avons fait savoir à la Fondation Bührle il y a quelques années déjà que la question de la provenance de ses toiles devait être examinée avec le plus grand soin», déclare Björn Quellenberg, porte-parole du Kunsthaus. Sur son site, la Fondation Bührle documente déjà toutes les transactions des toiles de la collection.