Un vieux projet, qui remonte à 1964. Créer une «transversale jurassienne» pour désenclaver le Jura. Les tracés ont évolué, des menaces d'abandon ont été proférées, il a fallu la création du canton du Jura pour donner corps au postulat. L'A16 est inscrite depuis 1984 dans le réseau des routes nationales. A l'époque, on imaginait un ruban à trois pistes, qui serait construit entre 1992 et 2000, pour 790 millions de francs.

Autoroute politique, la Transjurane est devenue un immense puzzle, dans lequel on pose, de temps à autre, une pièce. Parfois sans cohérence. Les travaux ont débuté en 1987. Premier tronçon ouvert à la circulation, en 1997: 15 kilomètres entre Tavannes et Bienne. Puis, en 1998, 23 kilomètres entre Porrentruy et Delémont. En 2005, deux «rajouts» de 6 kilomètres, les contournements des deux villes jurassiennes.

Depuis hier, un autre maillon est en service. Sans connexion au reste du projet: 4,3 kilomètres de Moutier à Choindez, avec deux tunnels bidirectionnels, celui du Raimeux (3220 mètres) et de la Roche Saint-Jean (230 mètres). Ce tronçon permet d'éviter de traverser les gorges de Moutier et le virage dangereux de la Roche Saint-Jean, imposé par une arête rocheuse qui ferme pratiquement la cluse traversée par la Birse. Le point frontière entre le Jura et Berne.

Désormais, 48 kilomètres de Transjurane, pas reliés entre eux, sont ouverts à la circulation. Il en manque encore 37 pour opérer la liaison complète entre Bienne et Boncourt, à la frontière française, et permettre la connexion à l'A36 française. La Transjurane a déjà coûté 3,5 milliards, la facture globale dépassera les 6 milliards. Il faudra patienter au moins jusqu'en 2016 pour que le Jura soit désenclavé. «Nous commençons à voir le bout du tunnel», se réjouit pourtant le ministre jurassien de l'Equipement, Laurent Schaffter. Rappelant les effets attendus de l'autoroute: «La Transjurane est bien plus qu'un axe de communication, c'est l'espoir principal de toute la région en vue de son développement économique, social et culturel.»

Succession de tunnels et de viaducs, la Transjurane a été stratégiquement découpée en sections. Avec, pour chacune, une lourde procédure. Puis des réalisations échelonnées dans le temps. La priorité a été mise sur la desserte des villes. Reste désormais à terminer les tronçons tampons.