France voisine

Un nombre inquiétant de cancers touche des enfants dans le Haut-Jura

Autour des Rousses, près de la frontière suisse, dix cas suspects ont été enregistrés. L’alerte a été donnée par des parents. Les autorités sanitaires confirment ce phénomène

L’Agence régionale de santé (ARS) de Bourgogne Franche-Comté a annoncé jeudi avoir lancé une enquête épidémiologique après la découverte de dix cas suspects de cancers pédiatriques dans le Haut-Jura. Des enfants âgés de 6 mois à 13 ans habitant sur les communes des Rousses, Morbier, Morez, Saint-Pierre et Prémanon, tout près de la Suisse. C’est une mère de famille qui a fait ce signalement, troublée par le fait que d’autres pathologies de ce type, des leucémies surtout, avaient été diagnostiquées dans un périmètre réduit.

«Ici l’air est pur»

L’ARS indique avoir saisi Santé publique France, l’agence placée sous la tutelle du Ministère de la santé, pour engager une expertise épidémiologique de ce signalement et rechercher d’éventuels facteurs explicatifs. Une réunion d’information a eu lieu le 14 octobre, à destination des familles. «Dans un souci de transparence et d’écoute, elle avait pour finalité d’échanger sur la démarche, les objectifs, la méthode employée et l’implication de ces familles dans ce processus, qui suit désormais son cours», précise le communiqué de l’ARS.

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Aux Rousses, station de moyenne montagne de 3500 âmes, enneigée depuis hier, les habitants se disent surpris de faire la une de la presse régionale. «Même sur France Info, ils parlent de nous», dit une mère de famille, incrédule. Qui poursuit: «Le nuage de Tchernobyl est passé il y a longtemps et puis ici l’air est pur, il n’y a pas d’usines chimiques.» Une amie: «C’est peut-être à cause du glyphosate comme dans l’Ain.» Elle fait référence à la récente affaire des bébés nés sans bras dans ce département proche du Haut-Jura. L’hypothèse d’une pollution par des pesticides ou des rejets toxiques et une mauvaise eau a été avancée par le Remera (Registre des malformations en Rhône-Alpes) pour expliquer un agrégat de huit cas de malformations dans un territoire de 17 km de rayon.

Un cluster existe bel et bien

Le docteur Marie Doglio, qui officie à la Maison médicale des Rousses, a suivi quatre des dix enfants atteints de cancer, tous traités à Lyon et à Besançon. Elle est liée à l’obligation du secret médical mais peut tout de même dire ceci: «Il y a deux cas de leucémie chez ces quatre enfants qui ont de 1 à 6 ans et un cas de lymphome de Burkitt avec une atteinte des amygdales. Les pronostics sont bons pour trois cas. Le dernier enfant a bénéficié d’une greffe et le traitement suit son cours.»

La praticienne confirme qu’une maman a donné l’alerte et a mené une enquête afin d’effectuer des recoupements: âges, maladies, dates de naissance, sexe. Elle a adressé un fichier à l’ARS qui a conclu qu’un cluster (regroupement spatio-temporel de cancers pédiatriques dans le secteur) existait bel et bien. «Il reste qu’il est bien difficile d’établir un lien entre les cas, certaines familles ne sont pas installées depuis longtemps dans la région. Une petite fille, par exemple, née en 2015 est arrivée avec sa famille aux Rousses en 2017 et souffre d’un cancer depuis 2018.»

«Ne pas créer une psychose»

A l’Hôtel de Ville, Bernard Mamet, le maire, peste contre les télévisions qui sont venues vendredi matin filmer l’entrée de l’école primaire et «harceler les parents». «C’est un sujet sensible et délicat, il ne faut pas créer une psychose», s’offusque-t-il. Lui-même était au courant de cas d’enfants malades «mais l’affaire n’est pas nouvelle, ils sont soignés depuis plusieurs années et je fais confiance à l’ARS pour mener une enquête».

Liliane Faivre, la maire de Saint-Pierre, savait qu’un enfant de sa commune était atteint d’un cancer mais se dit stupéfaite que dix cas soient recensés dans la région. L’enfant en question, qui a aujourd’hui 13 ans et va bien, a développé une leucémie il y a 5 ans de cela.

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Santé publique France va lancer sur plusieurs mois une étude afin de rechercher d’autres cas ainsi que d’éventuelles expositions environnementales. Une étape va consister à interroger les familles sur leurs parcours et mode de vie, santé, conduites alimentaires, déroulement des grossesses et lieu d’habitation, etc. Cela à la recherche de points communs.

Les cancers pédiatriques sans cause connue

Interrogé par Le Temps, l’hôpital de Nyon (Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique, VD) n’a pas constaté de hausse des cancers pédiatriques.

Selon un communiqué du 29 octobre dernier de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), 2500 cancers pédiatriques sont diagnostiqués chaque année en France. Pour un tiers des cas, il s’agit de leucémies. Ils surviennent pour moitié avant l’âge de 6 ans. Si les traitements se sont améliorés, le pronostic reste encore particulièrement défavorable. La majorité des cancers pédiatriques sont aujourd’hui sans cause connue.

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