Le Temps: Le oui de l'extrême gauche sur cet accord n'est-il pas étonnant si l'on connaît les divergences qui minent votre base?

Josef Zisyadis: La décision a été prise quasi unanimement. Il n'y a qu'une exception: celle du Parti du travail et des indépendants de l'Alliance de gauche genevois. Il faut être cohérent, il n'y a pas de possibilité d'affirmer un non de gauche sur la question de la libre circulation. Car aujourd'hui l'opposition à cet accord bilatéral est immanquablement xénophobe et raciste.

– Vous dites oui à l'extension de la libre circulation, mais vous affirmez aussi que vous ne voulez pas de cette libre circulation-là.

– La libre circulation ne doit pas seulement être effective pour les dix nouveaux pays de l'Union européenne. Nous la voulons pour tout le monde. Les capitaux circulent partout et il n'y a pas de raison que les gens ne puissent pas en faire autant, en fonction des possibilités de travail et d'accueil. Mais le non a de fortes chances de l'emporter le 25 septembre, malgré la force de frappe d'economiesuisse alliée aux syndicats et au Parti socialiste. La situation est plus scabreuse dans les milieux populaires, car les gens craignent pour leurs conditions de travail.

– Que faire pour les convaincre?

– Il faut donner le change sur toute une série d'aspects. Si les milieux de l'économie souhaitent faire passer la libre circulation, il faudrait qu'ils entrent en matière, avant le 25 septembre, sur un salaire minimum. Ce doit être donnant, donnant. Il faut aussi mettre en place une protection efficace contre les licenciements, régulariser tous les sans-papiers et lutter contre la délocalisation des entreprises. Mais ces conditions ne sont pas réunies aujourd'hui.

– Votre mot d'ordre n'est-il pas qu'idéologique?

– Nous nous battons pour des principes. On ne peut pas, tout au long de l'année, soutenir la libre circulation comme droit fondamental de la personne et tout d'un coup, parce qu'il faudrait faire de l'opportunisme politique, s'y opposer. On ne transige pas avec la lutte contre le racisme et la xénophobie.

– N'êtes-vous pas dans la même situation que les autres partis: les dirigeants disent oui, mais la base doute?

– Nous ferons campagne pour le oui. Nous dirons très clairement que la libre circulation est essentielle pour construire une Europe sociale, mais, dans le même temps, nous reconnaissons que le Conseil fédéral et le patronat n'ont fait aucun effort pour gagner cette votation. Notre oui est un oui de principe et de cohérence.

– La frange genevoise de l'extrême gauche est donc en porte-à-faux avec ses principes?

– Tout à fait. La position de ces Genevois a sans doute été déterminée en vue des élections cantonales d'octobre. On ne peut pas vouloir construire une Europe des salariés, une Europe sociale, et en même temps lutter pour des barrières nationales.