Armée

Un nouveau chef de l'armée suisse pour les défis sécuritaires du futur 

Le commandant de corps Philippe Rebord n’ira pas au terme de son mandat. Pour sa succession, un nom revient souvent, celui du chef de l’état-major général, Claude Meier

En raison des importants chantiers en cours, le Conseil fédéral avait décidé l’automne dernier de prolonger le contrat de Philippe Rebord jusqu’à fin 2020. Comme il l’a annoncé publiquement jeudi, le chef de l’armée, qui aura 62 ans dans quelques jours, s’en ira à fin 2019. Il invoque une double raison de santé: une thrombose survenue lors d’un vol en janvier, «qui n’a pas été détectée par le premier médecin consulté», et une arthrose de la hanche qui le contraint à se faire poser une prothèse. L’opération aura lieu fin décembre.

Sa succession est désormais ouverte. Viola Amherd va mettre sur pied une commission de sélection. Mais c’est le Conseil fédéral qui désignera le nouveau chef de l’armée. A priori, tout est ouvert. En réponse à une question, Viola Amherd évoque la possibilité de nommer un civil, mais elle relève que le numéro un du dispositif national de défense a toujours été recruté parmi les commandants de corps. Philippe Rebord a sa petite idée. Il ne la divulgue pas, mais livre la réflexion suivante: «Ceux qui travaillent déjà à la tête de l’armée en ont une vue d’ensemble. Si l’on fait appel à quelqu’un d’autre, il lui faudra un temps d’adaptation.»

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Un pilote en première ligne

L’armée compte trois commandants de corps: Philippe Rebord, le chef de l’Instruction Daniel Baumgartner et le chef du commandement des Opérations, Aldo Schellenberg. Or ces deux derniers semblent hors course. Agé de 57 ans, Daniel Baumgartner, qui n’est en poste que depuis une année, a émis le désir de changer d’activité pour des raisons personnelles. Il se murmure qu’il pourrait devenir attaché militaire aux Etats-Unis. Quant à Aldo Schellenberg, il est trop âgé (60 ans) et avait été décrié lorsqu’il dirigeait les Forces aériennes entre 2013 et 2017.

Il faut descendre d’un échelon pour dénicher l’éventuelle perle rare. Et là, un nom revient souvent: celui du divisionnaire Claude Meier, chef de l’état-major depuis 2016. Parfaitement bilingue, il est titulaire d’un diplôme de l’Ecole pratique des hautes études de Paris et d’un Master of Advanced Studies en sécurité et management des crises de l’EPF de Zurich. Il aura 55 ans en mai et dispose de la vue d’ensemble si essentielle aux yeux de Philippe Rebord. On le dit «intellectuellement brillant», «à l’écoute des gens», «doté d’une énorme capacité de travail».

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Autre atout: il connaît bien le domaine aérien. Pilote de formation, il a commandé une escadrille de F/A-18. C’est un avantage pour la réalisation du programme Air2030, qui englobe l’acquisition d’un nouveau jet de combat en remplacement des F-5 Tiger et des F/A-18 ainsi qu’un dispositif de protection de l’espace aérien. C’est l’un des grands défis de la Défense ces prochaines années.

Cybersécurité et troupes au sol

Ce n’est pas le seul. Le nouveau «général» suisse devra poursuivre et achever la mise en œuvre du programme de développement de l’armée (DEVA). La cybersécurité sera une autre de ses priorités. Et il faudra «moderniser les troupes au sol», ajoute Viola Amherd. Un rapport est attendu à ce sujet d’ici à l’été. Pour l’ancien président de la Société suisse des officiers (SSO), Denis Froidevaux, c’est un enjeu très important: «Les compétences de défense doivent être maintenues. Cela suppose des investissements de plusieurs milliards pour des chars de combat et les capacités de feu», résume-t-il.

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Le profil du futur chef de l’armée fait déjà débat au sein des Commissions de politique de sécurité (CPS) du parlement. Pour Thomas Hurter (UDC/SH), «il faut un chef qui puisse guider l’armée et défendre les intérêts de celle-ci auprès de la population. Et auprès des entreprises, qui la voient comme une charge, car elle les prive temporairement de leur personnel. Or, elles profitent aussi de la sécurité et de la stabilité qu’elle apporte à la Suisse.» Adrian Amstutz (UDC/BE) estime qu’«il faut un soldat et non un intellectuel de beau temps». De son côté, Pierre-Alain Fridez (PS/JU) attend quelqu’un qui soit capable de regarder au-delà des frontières nationales: «Viola Amherd est aussi sensible à cette ouverture sur le monde. Un conflit traditionnel est une hypothèse de moins en moins probable», dit-il.

Outre Claude Meier, d’autres noms sont évoqués: on parle du divisionnaire Thomas Süssli (52 ans), chef de la Base d’aide au commandement (BAC) qui sera fusionnée avec la Base logistique de l’armée (BLA), du divisionnaire Melchior Stoller (58 ans), conseiller militaire de Viola Amherd, ou du divisionnaire Daniel Keller (56 ans), commandant de la formation supérieure des cadres.

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