«Allons et voyons»: c'est la consigne qu'affiche la toile contemporaine sur les murs de l'antichambre du bureau. Son nouvel occupant, Raymond Battistella, directeur des Services industriels de Genève (SIG) depuis le début du mois, ne sait pas encore s'il conservera la peinture laissée là par son prédécesseur. Il est vrai que le caractère aventureux du message artistique contredit l'image plutôt prudente que donne de lui ce docteur en chimie-physique âgé de 55 ans.

Il avait mené jusqu'ici une carrière rectiligne au siège genevois d'Amoco Chemical Europe, et espérait sans doute y terminer un parcours professionnel qui l'avait amené à la fonction de vice-président en charge du développement. C'était sans compter sur le rachat de l'entreprise, en 1998, par l'anglais British Petroleum (BP), qui a immédiatement pris la décision de rapatrier les activités du siège genevois à Londres. Préférant les rives du Léman aux quais de la Tamise, Raymond Battistella vise alors le poste de directeur général des SIG, où une procédure de sélection le retient parmi 60 autres candidats.

Cette prudence, Raymond Battistella l'affiche dans ses propos. Lorsqu'on l'interroge sur la stratégie qu'il entend proposer aux SIG, il se risque à quelques slogans qui semblent plus sortir d'un manuel de management rapide que d'un véritable programme d'actions: «Il faut exploiter le potentiel et les fortes compétences techniques de l'entreprise et disposer d'outils de gestion performants. Il faudra adapter l'entreprise à un nouvel environnement, comprendre les besoins du client, fixer des objectifs et apporter une clarté.» A la tête d'une entreprise très politisée, il se garde bien de dévoiler la moindre de ses opinions politiques et déclare à propos de l'énergie nucléaire qu'il n'a «pas d'avis particulier sur la question et n'entend pas émettre de position personnelle».

Seuls la libéralisation de l'électricité et les coûts de l'entreprise le rendent un peu plus disert: «Un ménage genevois n'acceptera pas de payer son électricité plus cher qu'un Vaudois ou qu'un Français, et la libéralisation devra profiter à tous les consommateurs, les petits comme les gros.» Les SIG devront être «plus productifs, plus rentables et plus compétitifs» et le nouveau système de rémunérations de l'entreprise est «une priorité».

Une prudence qui lui vaut pour l'instant les louanges des représentants du personnel. L'un d'eux vante les «qualités de fédérateur» et de «bâtisseur» du nouveau directeur, «propre à mener les réformes de fond dont l'entreprise a besoin». Tout le dilemme du nouveau directeur est là: pourra-t-il être réformateur, prudent et populaire à la fois?

Fr. L.