Devenu canton en 1979, le Jura vivra à fin 2015 son troisième grand chambardement gouvernemental. Le premier est intervenu en 1993-1994, au départ des ministres pionniers remplacés par Pierre Kohler, Odile Montavon (pour dix-huit mois seulement), Jean-François Roth, Claude Hêche, Gérald Schaller et Anita Rion. Nouveau brassage des cartes en 2002 et 2006, avec les entrées en scène d’Elisabeth Baume-Schneider, Laurent Schaffter, puis Charles Juillard Philippe Receveur et Michel Probst en 2006.
Cette «équipe» s’en va. Laurent Schaffter avait déjà été exclu en 2010, remplacé par Michel Thentz. La socialiste Elisabeth Baume-Schneider, le PDC Philippe Receveur et le PLR Michel Probst mettent un terme à leur activité gouvernementale. Le Conseil d’Etat jurassien 2016-2020 sera ainsi renouvelé, au minimum, à 60%, peut-être même à 80% car le socialiste Michel Thentz est soumis à une rude critique. Seul le PDC Charles Juillard devrait connaître une réélection aisée.
Les observateurs estiment que seuls sept des dix-huit candidats en lice sont éligibles. La composition partisane actuelle (2 PDC, 2 PS, 1 PLR) devrait être conservée, à moins que le PDC n’emporte un troisième fauteuil ou que le PCSI ne retrouve sa place. Les deux fois au détriment du PS.
Davantage que la composition partisane, c’est l’addition des personnalités qui forgera le prochain gouvernement. Sera-t-il une cour du sortant au fort leadership Charles Juillard? Additionnera-t-il les compétences pour dégager des consensus dans l’intérêt du canton? Tout indique que le prochain Conseil d’Etat sera homogène. Avec des gens aux parcours qui se ressemblent: études supérieures, capacité à s’exprimer dans plusieurs langues, carrière professionnelle qui les a mené à être des employés du canton, soit comme hauts fonctionnaires (la PS Nathalie Barthoulot, le PLR Jacques Gerber, et par le passé Michel Thentz et Charles Juillard), soit comme enseignants avec fonction dirigeante (les PDC Gabriel Willemin et Martial Courtet). Seul l’ingénieur PCSI David Eray est un pur produit de l’industrie horlogère.
En loyaux serviteurs de leur canton, les candidats se disent collégiaux et aptes à travailler en équipe. Ils tiennent des discours plutôt lisses et évitent de s’apostropher. Ils veulent trouver des solutions et bien gérer les affaires de l’Etat.

Un futur gouvernement résolument pragmatique

Quelle que soit sa composition partisane, le prochain gouvernement jurassien sera résolument pragmatique. La campagne a montré des candidats quadragénaires très BCBG, le nez dans le guidon des affaires du moment. Au risque d’ailleurs, parfois, de ne pas pouvoir vraiment les différencier. Ils se sont du reste appliqués à faire une campagne de notoriété et d’image.
Alors qu’il aura mis en service, en 2016, l’entier de l’autoroute Transjurane qui le relie au Plateau suisse et à l’Europe, alors qu’il a assaini sa trésorerie avec le programme Optima, alors qu’il a besoin d’infrastructures culturelles et de loisirs, de réformes institutionnelles et structurelles pour éradiquer l’esprit de clocher, le Jura sera gouverné par d’honnêtes gestionnaires qui ont comme point commun d’avoir soigneusement évité d’émettre des idées visionnaires durant la campagne.
Le Jura pourrait vivre un événement majeur, d’ici à 2020, avec le transfert de Moutier. La population augmenterait de 10% (de 72 000 à 80 000 habitants). Que propose le Jura à Moutier? D’éventuellement constituer un district, structure surannée qui ne peut qu’entretenir les querelles locales.
Comme au début des années 2000 lorsque le visionnaire Jean-François Roth avait construit le plan d’émancipation «Pays ouvert», torpillé pour de sombres raisons politiciennes, le Jura a un besoin d’un projet de société, un programme économico-social d’émancipation qui renforce son attractivité et le projette dans l’avenir. De cela, il n’en fut pas question dans la campagne des élections cantonales. Les candidats ont peut-être attendu le second round des débats, en vue du deuxième tour de l’élection, le 8 novembre.