Législatif

Un nouveau parlement vaudois, mais pour quoi faire?

Les Vaudois inaugurent en ce moment, et en grande pompe, leur parlement reconstruit. Reste à savoir quel sera son rôle, alors que le gouvernement prend toujours plus de place

Bien que le jour soit férié, vendredi matin aux aurores, les huissiers verts et blancs se bousculeront au sein du nouveau parlement vaudois qui ouvrira ses portes pour la première fois. À 8 heures, les premiers invités – parmi lesquels un fameux vigneron de Bursins – tremperont leur croissant dans leur café en admirant les murs nouveaux de ce qui, il y a quinze ans, avait brûlé. Sûrement s’extasieront-ils devant l’architecture juste et audacieuse d’un parlement moderne qui s’inscrit pourtant dans la continuité des ruelles historiques de la Cité lausannoise. Mais derrière l’écrin flambant neuf se trouve une institution en déshérence, dont certains interrogent la mission.

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Les 150 députés vaudois qui se retrouvent chaque mardi ont une fonction: jouer le contrepoids du pouvoir exécutif traditionnellement fort dans le canton de Vaud. Mais alors que le tandem radical-socialiste Broulis-Maillard s’adonne à confectionner de délicats compromis au sein du Conseil d’Etat, leurs camps respectifs ont souvent la stricte interdiction d’y toucher. C’était le cas de la RIE III cantonale. Si l’on tire un fil, alors tout se casse. Au risque de mettre une chape de plomb sur le débat politique.

Courant paralysant

«Il y a toujours eu dans le Pays de Vaud une tradition de l’Etat fort qui s’incarne dans son gouvernement. Le parlement, lui, travaille dans sa prolongation», constate l’historien Olivier Meuwly. Il reconnaît que le parlement fait preuve de peu d’autonomie, et que c’est peut-être dû au fait que le PLR, première force du Grand Conseil, n’est pas à l’aise dans le rôle de l’opposition face à un Conseil d’Etat à majorité de gauche. «Il n’y a jamais d’agressivité dans les débats du législatif. Ça a toujours été une surprise pour moi. A vrai dire, les partis se montrent plus actifs dans ce domaine-là. Les députés, eux, ont une sorte de fascination pour l’équilibre.»

La gauche et la droite se tiennent par la barbichette. Mais véritablement, le gouvernement fait le calendrier et le parlement est aux ordres

Michel Mouquin, ancien député

Le mot est lâché. Ce que l’on observe dans ces débats n’est pas une logique de l’un contre l’autre, mais de l’un avec l’autre: une recherche constante d’équilibre entre la gauche et la droite.

L’ancien député radical Michel Mouquin a siégé dix-sept ans au parlement vaudois et parle d’un «courant paralysant» qui émane des pouvoirs croisés. «Pendant des années, le pouvoir législatif freinait la dérive dépensière de l’Etat, mais depuis que les caisses sont renflouées, on évite les vraies confrontations. La gauche et la droite se tiennent par la barbichette. Mais véritablement, le gouvernement fait le calendrier et le parlement est aux ordres. De toute façon, un projet de gauche pour sortir du bureau du Conseil d’Etat doit passer le filtre de Leuba, Broulis et de Quattro. S’ils ne l’acceptent pas, on le remet sur la table».

«Le parlement est devenu une simple caisse d’enregistrement»

Dans le canton de Vaud, contrairement à Genève, le parlement ne peut rédiger de lois en soi, mais propose des motions et a la possibilité de lancer des initiatives. «Ces propositions sont passées du compromis à la compromission», dénonce le président de groupe parlementaire SolidaritéS-PoP Jean-Michel Dolivo. «Le pouvoir appartient à l’exécutif et aux chefs de service de leur administration, quant au parlement, c’est devenu une simple caisse d’enregistrement.»

A ce propos: Le parlement genevois ou l’ébullition constante

Pascal Broulis sera le maître de cérémonie vendredi et de telles provocations à l’heure de l’inauguration de «son» parlement ne sauraient le faire douter. «Ce serait présomptueux d’avancer que l’exécutif ne travaille pas avec la crainte du parlement, dit-il. Regardez la loi sur le logement (adoptée par le peuple en février 2017, ndlr): elle ne s’est pas faite d’un coup de cuillère à pot. Les deux pouvoirs se la sont renvoyée durant quatre ans. Pierre-Yves Maillard s’est quelques fois fait bloquer des crédits par le Grand Conseil. Il y a un travail de persuasion, même si rien n’empêche que le travail se fasse en amont, au sein du Conseil d’Etat».

Dans le canton de Vaud, l’exécutif, donc, prépare les textes et le débat se fait au Grand Conseil. «Nous avons deux pouvoirs qui s’entrechoquent. Et cette tension est constructive. La tension était intense lors des débats sur les prisons entre la commission de haute surveillance et Béatrice Métraux», se rappelle le ministre PLR. De cette dernière législature, on gardera tout de même davantage le souvenir d’un courant paralysant que d’un débat nerveux.

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