La campagne de vaccination a décidément de la peine à prendre son envol en Suisse. Jeudi dernier, le conseiller fédéral Alain Berset a enjoint les cantons à mettre le turbo, compte tenu du fait que les fabricants Pfizer et Moderna allaient livrer pas moins de 8 millions de doses d’ici à fin juin. Vendredi soir pourtant, un contretemps a jeté un voile sur ce bel optimisme. A la suite d’un problème d’empaquetage survenu chez Lonza à Viège, les 350 000 doses promises pour cette semaine n’ont pas pu être livrées. Seules 70 000 doses sont parvenues à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). En principe, les 280 000 restantes devraient être livrées à la fin de la semaine prochaine.

Les Suissesses et les Suisses pourront-ils partir en vacances si tous ceux qui le veulent sont vaccinés au mois de juillet? «Je le pense», dit au Bund ce samedi Christoph Berger, président de la Commission fédérale pour la vaccination. Pas si sûr! Après la dernière panne survenue vendredi chez Lonza, les cantons sont très en colère. «L’idéal aurait été d’être prêt pour les vacances, mais je crains que ce but ne puisse pas être atteint. En tout cas, nous ne pouvons pas travailler dans ces conditions», se fâche le ministre genevois de la Santé Mauro Poggia.

A l’OFSP, on dédramatise cet incident, pas si important selon lui: «Les livraisons arrivent en principe régulièrement, de sorte que les cantons ont encore des centaines de milliers de doses en réserve. A eux de les utiliser au plus vite.»

Les cantons sous pression

Facile à dire, mais sur le terrain, la situation est plus compliquée. Ce lundi 19 avril, le canton de Genève doit ouvrir son nouveau centre de vaccination à Palexpo, qui doit être en mesure d’injecter jusqu’à 3000 doses par jour. Mais alors que les 120 personnes qui assurent l’intendance et le personnel soignant sont dans les starting-blocks, le retard de livraison oblige le canton à ralentir le rythme au lieu de mettre le turbo. Pour assurer une campagne sans à-coups, Genève avait ouvert la vaccination à la catégorie des 45-54 ans. «Nous voulions éviter d’avoir les vaccins sans les patients. Aujourd’hui, nous risquons d’avoir les patients sans les vaccins», déplore Mauro Poggia.

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Les cantons sont sous pression. En ces temps de pandémie, les critères de comparaison entre eux ont complètement changé. Ils ne sont plus mesurés en termes de PIB ou de charge fiscale, mais en fonction de la conduite de leur campagne de vaccination. Et rien n’est facile à ce propos, car ils se retrouvent entre le marteau et l’enclume. D’un côté, une population qui attend impatiemment d’être vaccinée, de l’autre des fournisseurs qui ne tiennent pas toujours leurs promesses.

A Berne, le directeur de la santé Pierre Alain Schnegg est tout aussi furieux que son homologue genevois. Figurant dans la moyenne suisse en ce qui concerne le rythme de vaccination, ce canton a entamé la campagne prudemment, prenant soin de conserver une deuxième dose avant d’ouvrir la vaccination à de nouvelles catégories de personnes. Il s’apprête à ouvrir un dixième centre à Bernexpo, de manière à pouvoir offrir 8000 doses par jour. Mais au lieu de recevoir 50 000 doses en cette fin de semaine, il n’en a reçu que 7000. Un aléa qui l’obligera à revoir sa planification dès le 26 avril.

La crédibilité de la campagne en péril

Pierre Alain Schnegg en veut à la Confédération et à l’OFSP. «C’est dramatique, mais ces services n’ont aucune compétence dans la gestion d’une chaîne d’approvisionnement et dans la gestion des fournisseurs. Ils devraient se tenir au courant heure par heure d’éventuels retards chez les fabricants.» Le conseiller d’Etat demande que le Conseil fédéral retire ce dossier à l’OFSP pour le confier au secteur privé.

Mauro Poggia est plus prudent dans ses critiques envers la Confédération, se refusant à clouer le messager de la mauvaise nouvelle, l’OFSP, au pilori. Il dénonce en revanche le manque de transparence de Moderna – dont la filiale est Lonza – dans la livraison de ses produits. «Soit cette entreprise a des équipes incompétentes car elle n’arrive pas à planifier les quantités à fournir, soit elle n’est pas commercialement correcte et livre ses produits destinés à la Suisse à d’autres pays pour des raisons à déterminer», s’insurge-t-il.

Le problème, en fin de compte, c’est la crédibilité des autorités dans cette campagne de vaccination. «Cela met en péril la confiance de la population», déplore encore Pierre Alain Schnegg.

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