C'est une bouffée d'oxygène pour Genève, et un projet majeur à l'échelle de la Suisse. La zone industrielle «Praille-Acacias-Vernets», qui s'étend sur 230 hectares au cœur de la ville, s'apprête à devenir le quartier du XXIe siècle: près de 6000 logements devraient y être construits, et 20000 nouveaux emplois viendront s'ajouter aux 20000 existants. Symbole de cette mutation: une tour de 175 mètres, plus élevée que le Jet d'eau (135 mètres) et plus grande que tous les gratte-ciel du pays, se dressera du quartier des Acacias vers les cieux.

Déjà une foule d'investisseurs

Pour présenter aux médias le «masterplan» qui guidera l'aménagement de ce Manhattan à la genevoise (voir infographie), le Conseil d'Etat a convié la presse hier sur le site même, aux Ports-Francs. Euphoriques, les ministres libéral Mark Muller, écologiste Robert Cramer et PDC Pierre-François Unger ont souligné qu'ils avaient rapidement donné corps à l'une de des promesses du discours de Saint-Pierre, dans lequel ils mettaient l'accent sur le formidable potentiel de la Praille.

Pour le conseiller d'Etat Mark Muller, chargé des Constructions, c'est «le cœur d'un véritable eldorado immobilier. J'éprouve une grande excitation à participer à la planification du développement de notre région. Ce quartier représente son futur patrimoine». Localisé au sud des quartiers de Plainpalais et de la Jonction, à l'ouest de la ville de Carouge, «le secteur Praille-Acacias-Vernets s'inscrit désormais dans leur continuité directe», renchérit le magistrat Robert Cramer, chargé de l'Aménagement. Le magistrat se targue d'avoir déjà reçu plusieurs propositions d'investisseurs. Hier soir, le Conseil d'Etat recevait «banquiers et avocats» lors d'une soirée VIP.

L'espoir d'un canton bloqué

Dans le canton qui affiche de tristes records, tant en matière de chômage -avec un taux de 6,5% contre 3% en moyenne nationale- que de pénurie de logements, -le taux de vacance est de 0,15% alors que le seuil de fluidité du marché se situe à 2% -, le projet d'aménagement était attendu de pied ferme.

Consternée par la mollesse des exécutifs, la Fédération des architectes de Suisse avait même organisé en 2005 son propre concours pour construire 20000 logements dans le même périmètre. Boudé par les autorités de l'époque, il a toutefois relancé le débat.

Un site en mains publiques

Tout pourrait désormais aller très vite. Le plan élaboré par le bureau zurichois Ernst Niklaus Fausch (lire ci-dessous), vainqueur d'un concours d'aménagement organisé par le Conseil d'Etat en 2006, donne les règles du jeu de la mutation du quartier. Et comme 85% du périmètre est propriété de l'Etat, les risques d'opposition sont réduits. Le ministre Mark Muller estime que les premiers chantiers démarreront «d'ici à quatre ou cinq ans». Son collègue Robert Cramer affirme que «dès aujourd'hui, nous sommes disponibles pour travailler avec des promoteurs».

Les neuf tours du futur

Actuellement affecté à l'industrie, le nouveau centre sera découpé en trois entités: les Acacias-Vernets, pôle de haute technologie situé le long de l'Arve, seront dotés de nouveaux équipements publics. Carouge deviendra un secteur mixte, avec logements, activités et commerces. La Praille, elle, offrira un centre d'activités variées, desservi par le rail, et bordé de verdure. Tout cela s'articulera autour de la place de l'Etoile, centre du futur quartier branché. C'est là que seront bâtis neuf gratte-ciel, d'une hauteur de 75 à 175 mètres. Ceux-ci accueilleront surtout des bureaux, mais Mark Muller n'exclut pas d'y ajouter quelques logements.

Début de dures négociations

Pour le Conseil d'Etat, le projet Praille-Acacias-Vernets présente plusieurs avantages, en plus d'être idéalement situé. Pour preuve, le quartier accueille déjà le stade de la Praille, les banques UBS et Pictet, ou encore, de grandes surfaces comme Media Markt. Entre les axes routiers, les deux lignes de tram, les bus et les deux futures gares de la liaison CEVA, le site jouit par ailleurs d'une excellente desserte en matière de transports.

Voilà pour la stratégie. Mais restent les détails, cruciaux pour la concrétisation du projet. Des négociations seront entamées avec les entreprises installées, pour en inciter certaines à déménager. La loi devra aussi être adaptée aux futures tours, dont le gabarit dépasse les standards en vigueur. De plus, des déclassements devront être votés par le Grand Conseil, et la part que fera le quartier au logement social sera sans doute âprement discutée.

Les citoyens sont invités à découvrir le projet du 24 au 31 mai au 6, route du Grand-Lancy.