GENEVE

Un nouvel établissement pour soulager la prison genevoise de Champ-Dollon

Le centre de détention La Brenaz a été inauguré vendredi. Il est conçu pour accueillir 68 détenus en exécution de peine. Une première étape pour résoudre la problématique de la surpopulation de Champ-Dollon.

Il n'a de bucolique que son nom d'origine gauloise qui renvoie aux bords marécageux de la Seymaz. L'établissement de détention La Brenaz - «lieu boueux» - a été inauguré vendredi en grande pompe. La construction d'une nouvelle prison n'est en général pas motif de réjouissance. A Genève pourtant, la surpopulation carcérale est telle que la naissance de cette structure est saluée par tous.

C'est le magistrat libéral Mark Muller, en charge du Département des constructions et des technologies de l'information, qui a souhaité tenir la vedette de cette visite des lieux encore vides de détenus. Avant de remettre, à l'heure de la prestation de serment des gardiens, la clé des lieux à son collègue et président du Conseil d'Etat, Laurent Moutinot.

Le coup d'accélérateur

L'établissement, qui jouxte la prison préventive de Champ-Dollon, a été construit en un temps record. Moins de deux ans entre l'impulsion donnée par le politique et la réalisation. «Il fallait faire vite, bien et pas cher», résume Constantin Franziskakis, le directeur de l'Office pénitentiaire.

Au final, cette construction modulaire aura coûté 18,4 millions de francs, dont 30% subventionnés par la Confédération. Les 68 cellules individuelles que compte le bâtiment sont destinées à accueillir des détenus hommes qui purgent des peines allant jusqu'à une année de prison, voire qui ont été condamnés à un maximum de trois ans et à qui il reste moins de douze mois à exécuter en raison d'une longue préventive.

Ces pensionnaires viendront tous de Champ-Dollon où une centaine de détenus exécutent leur temps faute de pouvoir être transférés ailleurs. C'est le Service d'application des peines et des mesures qui décidera quels seront les candidats à La Brenaz.

Les occupants commenceront à investir les lieux au mois de février. Chaque cellule est équipée de WC, d'une douche, d'un frigo, d'une bouilloire, d'une télévision à écran plat ainsi que d'un interphone relié à la centrale de surveillance. «Il n'est pas prévu de surpeupler La Brenaz», a prévenu Constantin Franziskakis. Par contre, un nouvel étage pourrait être ajouté en fonction des besoins.

Les caractéristiques

Qualifié d'établissement de sécurité moyenne, celui-ci offre aux détenus la possibilité de se déplacer librement à l'intérieur de certaines zones durant la journée, d'avoir accès à une salle de sport et de travailler dans des ateliers de buanderie, de cuisine ou de boulangerie. Les célèbres bricelets des glaciers genevois sont déjà l'œuvre de ce savoir-faire.

Pour une journée de travail, le détenu touche un pécule de 33 francs, dont 8 francs sont déduits pour la participation aux frais de son séjour. Il lui reste 25 francs, dont un tiers est mis de côté pour sa sortie, et un autre tiers réservé aux versements auxquels il aura été condamné.

A nouvel établissement, nouveau directeur. C'est à Emmanuel Foray, venu du corps des gardes-frontière où il a œuvré comme responsable de la lutte contre le trafic de drogue, que cette tâche a été confiée. Il sera entouré de quelque 27 collaborateurs.

Inscrite dans une planification pénitentiaire qui remonte à 2003 et qui a été passablement bouleversée depuis lors, La Brenaz apportera déjà un peu d'oxygène à Champ-Dollon la suffocante. L'heure n'était pas vendredi aux querelles entre pouvoirs même si les tensions issues de la problématique carcérale sont présentes dans les esprits. Seul Laurent Beausoleil, le directeur désormais démissionnaire de Champ-Dollon, a brillé par son absence.

La préoccupation

Le procureur général, Daniel Zappelli, le président des juges d'instruction, Stéphane Esposito, les députés de la commission des visiteurs officiels, tous étaient là pour l'événement. Lors de son discours, Laurent Moutinot, responsable du Département des institutions, a préféré éviter les sujets qui fâchent. Pourtant, la surpopulation préoccupe désormais bien au-delà du canton.

Dans ses observations préliminaires, le Comité européen pour la prévention de la torture écrit le 7 janvier dernier: «Aux yeux de la délégation, il est impératif que ce nouvel établissement (ndlr: La Brenaz) et le transfert de détenus qui en résultera ne soient pas l'occasion de remplir à nouveau des places qui seraient ainsi libérées. En résumé, le taux d'occupation de la prison de Champ-Dollon doit être réduit coûte que coûte.»

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