Les radicaux peuvent multiplier les signes d'agacement, et Charles Favre profiter de sa nouvelle année présidentielle pour donner des leçons de réalisme politique, rien n'y fera. Les libéraux seront politiquement intenables jusqu'aux prochaines élections cantonales. D'abord par atavisme. Quatre décennies de distance minoritaire ne s'oublient pas en une législature, et les militants ne se sentent jamais aussi à l'aise qu'en vitupérant le «centre mou». Mais il n'y a pas que les habitudes. A droite, on se plaint de plus en plus hautement de voir le Conseil d'Etat «travailler à rebours de ce qu'on attend de lui», c'est-à-dire ménager les susceptibilités de gauche, alors qu'à cinq contre deux il serait en position «de montrer qui commande ici», selon une terminologie bien ancrée dans le Pays de Vaud. En termes de comptes électoraux futurs, les libéraux craignent de ne pas y trouver le leur, et ils seront de tous les combats, à commencer par celui qui s'annonce sur le nouveau statut des fonctionnaires. L'objectif premier est d'empêcher l'UDC de poursuivre sur sa lancée des élections fédérales, et de revendiquer au cœur de la Suisse romande la place de droite agissante qu'elle monopolise de l'autre côté de la Sarine.

Jusqu'ici, le plan semble réussir. Mais il a une faille. Malgré tout leur activisme cantonal, quelle «différence» pourront revendiquer les libéraux si, comme l'UDC, ils appellent à dire «Non à l'Europe» le 4 mars?