Les Vaudois n'ont pas hésité. Ils veulent le nouveau métro lausannois. Le M2, qui doit relier Ouchy à Epalinges dès 2007, a été accepté par 62% des votants. Dans la région lausannoise, ce projet a été plébiscité: 76,7% de oui en ville, et même 86,4% à Epalinges, l'extrémité nord de la ligne. La participation a atteint 51,1%, le taux le plus élevé depuis l'introduction du vote par correspondance au printemps.

Ce succès a surpris, vu la tournure des événements. «C'est le score que nous imaginions il y a un mois, avant la nouvelle affaire de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) et les polémiques de la campagne», a relevé le conseiller d'Etat écologiste Philippe Biéler. Les nouveaux besoins de recapitalisation de la BCV, aggravant la situation financière du canton, avaient retenti comme un coup de tonnerre dans une campagne jusqu'alors inexistante et favorisé les manifestations d'oppositions larvées. Le conseiller d'Etat libéral Charles-Louis Rochat avait fâché ses six collègues en affirmant dans la presse que la réalisation du métro entraînerait l'augmentation des impôts. Même si le M2 bénéficiait jusqu'alors d'un large consensus de la classe politique et des organisations économiques, le canton avait-il les moyens d'un investissement aussi coûteux, 600 millions de francs au total, dont 300 à la charge du canton?

La carte des résultats montre que cette polémique financière n'a joué qu'un rôle très secondaire dans un scrutin qui apparaît comme essentiellement géographique. Tous les districts du non – 6 sur 19 – se situent dans les régions périphériques du canton: Jura vaudois (vallée de Joux, Grandson), Préalpes (Aigle, Pays-d'Enhaut) et Broye (Avenches et Payerne). Les «non» les plus nets s'expriment à Avenches et à Château-d'Œx (63%), où le M2 a été perçu comme essentiellement lausannois.

«Les Vaudois ont compris que le métro était utile à tout le canton et à son système de transports publics», se réjouit Philippe Biéler. Pour sa collègue radicale Jacqueline Maurer, il y a «beaucoup de symbole» dans le M2. Dire non, c'était admettre que le canton n'était plus capable de réaliser quoi que ce soit. L'espoir de relance mis dans cette réalisation, la plus grande depuis le CHUV ou le site universitaire de Dorigny, a sans doute également joué un grand rôle. Christian Masserey, secrétaire patronal et animateur du comité pour le oui, assure que «les générations futures nous remercierons d'avoir construit un projet d'avenir.»

Les adversaires du métro, qui avaient basé toute leur argumentation sur l'aventure financière, ne se sont pas montrés lors de la proclamation des résultats. Le syndic de Lausanne Daniel Brélaz, accompagné de son fils, vêtu comme lui d'une salopette portant le logo du M2, faisait remarquer à tous ceux qui voulaient l'entendre que Lavaux, fief d'opposants, ou Le Lieu, la commune de Charles-Louis Rochat, avaient voté pour le M2.

Le ministre dissident a réagi depuis le siège de son parti. «Les Vaudois ont choisi l'ambition, bravo, vive le M2, souligne Charles-Louis Rochat. Mais cette ambition a un prix qu'il faudra payer dans le programme de législature, en faisant des choix difficiles pour revenir à l'équilibre financier.» Le magistrat estime avoir favorisé un débat qui était escamoté et ne voit pas en quoi son crédit pourrait être affecté par le vote: «Le budget de mon département représente le tiers de celui de l'Etat et exprime des besoins indispensables pour les gens.»

Quant au comité familial d'opposants constitué autour du professeur Philippe Bovy et de son beau-frère l'ancien syndic de Cully André Demaurex, il «ne voit pas comment le Conseil d'Etat pourra redresser les finances et redonner confiance aux contribuables». La majorité des électeurs a préféré parier sur l'avenir du canton.