C'était un vote test, et il est réussi au-delà des espérances. Deux votants sur trois ont accepté que les fameuses cellules souches d'embryon humain soient utilisées à des fins de recherche. La Suisse peut continuer à briguer l'une des premières places dans les sciences du vivant, se sont félicités les partisans du oui. Les derniers sondages, qui leur avaient donné des sueurs froides, pronostiquaient un résultat beaucoup plus serré. La netteté du score (66,4% de oui) a créé la surprise.

Tous les cantons ont approuvé la loi. Pascal Couchepin s'est réjoui de la quasi-absence de clivage entre les différentes régions linguistiques et entre les villes et les campagnes. L'approbation a cependant été plus forte dans les cantons romands, comme on s'y attendait. Le conseiller fédéral a rendu hommage au débat démocratique sur un thème autorisant tous les dérapages émotionnels: «Aucun pays au monde n'ose confier le sort de sujets de ce genre à la population.»

«Après le rejet de l'initiative pour la protection génétique, en 1998, le oui de ce dimanche montre que les Suisses ont confiance dans une recherche bien encadrée légalement. Ils ne veulent pas d'un interdit fermant tout un domaine à la science», a réagi le radical zurichois Felix Gutzwiller, l'un des plus ardents défenseurs de la loi. Le conseiller national annonce le dépôt, ces tout prochains jours, d'une motion du groupe parlementaire radical libéral demandant au Conseil fédéral de définir une stratégie pour faire de la Suisse un champion des biotechnologies.

L'addition hétéroclite de deux oppositions, l'une conservatrice et religieuse, l'autre écologiste et socialiste, alimentée par une hostilité viscérale au «lobby pharmaceutique», aura finalement mal fonctionné. Les partisans du oui savaient qu'ils auraient contre eux le camp anti-avortement. Ils l'évaluaient entre un quart et un tiers des voix. Mais c'est bien l'opposition additionnelle venant de la gauche qui constituait la principale inconnue, et qui, en fin de campagne, commençait à inquiéter sérieusement les promoteurs de la loi. A tort.

Au bout du compte, le non aura totalisé à peine 34% des voix. C'est davantage, mais pas beaucoup, que les 28% réunis en 2000 contre le régime du délai par les adversaires de l'interruption de grossesse sans aucun soutien socialiste ou écologiste. En Suisse romande, le non «de gauche» semble avoir été très peu suivi. C'est la seule explication plausible aux scores soviétiques enregistrés à Genève et dans le canton de Vaud, avec respectivement 84,5% et 83,9% de oui, les deux records du pays.

Le vote plus serré des Valaisans – 53,6% seulement pour la loi – correspond à la position traditionnellement conservatrice de ce canton sur toutes les questions morales, et ne doit sans doute rien, ou pas grand-chose, à une opposition socialiste ou verte. En fait, la surprise vient de ce que même ce canton, où se situaient plusieurs des relais romands du comité référendaire, ait accepté la recherche sur les cellules souches. Les cantons catholiques de Suisse centrale et orientale ont aussi dit oui, de manière certes moins décidée que la moyenne nationale, mais à des taux oscillant tout de même entre 55% (Appenzell Rhodes-Intérieures) et 60% (Lucerne).

«Je suis étonné par l'ampleur du oui», avoue le Valaisan Patrick Progin, coordinateur de la campagne des référendaires en Suisse romande. Selon lui, l'enjeu était décisif, et le scrutin marquera un tournant. «Deux tiers des Suisses ont dit ce week-end quelle est leur philosophie. Celle-ci est matérialiste et utilitariste. Elle n'est plus humaniste. Une ligne rouge est franchie. Pour la première fois, on pourra sacrifier une vie pour une autre vie.» Patrick Progin exige cependant que la Commission nationale d'éthique pour la médecine humaine compte désormais au moins un tiers de représentants émanant du courant minoritaire qui s'est exprimé ce week-end. La commission s'était montrée favorable à la recherche sur les cellules souches embryonnaires, mais avait toutefois joint à sa position une voix dissidente, celle de l'éthicienne zurichoise Ruth Baumann-Hölzle.

Patrick Progin demande également que les centres de fécondation in vitro disent clairement de combien d'embryons surnuméraires ils disposent actuellement. Il s'agit de vérifier que la loi, qui limite drastiquement le nombre d'embryons qui peuvent être créés, est bien respectée. Des chiffres contradictoires ont en effet circulé jusqu'ici. L'incertitude semble provenir d'approches et de méthodes différentes entre les hôpitaux. Ces derniers ont commencé à sonder les couples concernés pour savoir s'ils seraient d'accord de donner à la science des embryons actuellement congelés qui, sinon, seront détruits.