Comme le reste de la Suisse, le Tessin – canton le plus concerné avec Uri – a accepté, avec 57,8% des voix, la construction d’un second tunnel routier sous le Gothard. Malgré le net pourcentage de oui, le canton reste divisé: le nord et le centre sont favorables au deuxième tube, le Mendrisiotto (sud) y est opposé. Le gouvernement tessinois se dit satisfait de l’issue de la votation, mais tient à rassurer les opposants. «Nous continuerons à œuvrer pour résoudre les problèmes de trafic et d’environnement», promet-il.

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Le résultat du scrutin n’est pas totalement exempt de surprises: les seules communes du nord et du centre du Tessin qui ont dit non au doublement du tunnel du Gothard sont celles de Moleno, dans le district de Bellinzone (62,3%, le pourcentage le plus élevé), et de Sonogno, au sommet du Val Verzasca, avec 55% d’avis négatifs. A noter qu’en Léventine, à la sortie du tunnel, Bresso et Airolo ont accepté le second tube avec respectivement 79,4 et 76,4% de oui.

Passé Lugano, on se trouve davantage dans le registre de «Jean qui pleure». A l’exception de deux communes, toutes les autres ont refusé la construction d’un deuxième tunnel sous le Gothard. Il faut dire que le Tessin méridional, un entonnoir qui débouche sur la vaste Lombardie, est confronté à un trafic routier intense, aussi bien de véhicules lourds que de voitures, pour la plupart de travailleurs frontaliers. La qualité de l’air s’en ressent donc fortement. L’opposition à la seconde voie routière sous les Alpes toutefois n’a pas dépassé 58% de non.

Le Conseil d’Etat tessinois a exprimé sa satisfaction dimanche à l’issue du scrutin. «Le pourcentage de non a été beaucoup moins important que prévu», commente Norman Gobbi, président du Conseil d’Etat tessinois. «Il s’agit d’un avertissement au gouvernement afin qu’il poursuive sa politique de promotion des transports publics et de contrôle des véhicules des frontaliers. Nous allons continuer à développer la mobilité et améliorer la qualité de l’air.» Norman Gobbi a aussi apprécié le soutien des autres cantons, Uri compris: «le résultat a dépassé nos attentes et confirme la volonté du Tessin de se rapprocher du reste de la Suisse et vice-versa.» Il a enfin rappelé que «la liaison routière à travers les Alpes deviendra plus sûre mais n’entraînera pas une augmentation du trafic lourd.»

Pour le sénateur PDC Filippo Lombardi, fils de l’ingénieur Giovanni Lombardi constructeur du tunnel autoroutier, l’issue du scrutin démontre bien «la grande solidarité» du reste de la Suisse pour le Tessin et Uri, «qui s’est enfin rangé à nos côtés». «Nous tiendrons compte du refus du Mendrisiotto, beaucoup plus contenu que prévu et ferons le nécessaire pour transférer le trafic lourd de la route au rail.» Filippo Lombardi rappelle que l’ouverture du second tunnel n’est pas pour demain: sauf imprévu elle n’aura pas lieu avant 2030.

Parmi les opposants au second tunnel, l’ex conseiller national socialiste d’Airolo Fabio Pedrina, président de l’Initiative des Alpes, n’a pas caché sa déception: «ce vote représente un choix pervers pour le Tessin», a-t-il dit au micro de la Radio de la Suisse italienne.