«Alémaniques et Romands peuvent-ils encore s'entendre?» Sous ce titre provocateur, le conseiller aux Etats argovien Maximilian Reimann signe un article vitriolé – en tout cas dans sa version allemande, la traduction française étant quelque peu adoucie – publié dans le service de presse de l'UDC daté de lundi. Dans ce texte, il invite les Romands, à la veille de la votation sur l'initiative «Oui à l'Europe!», à s'interroger sur leur avenir et, le cas échéant, à le concevoir ailleurs qu'en Suisse. Il part du principe – pourtant non avéré – que l'initiative «sera approuvée en Suisse romande». «Comme lors du rejet de l'EEE, on assistera à un cœur de lamentations à propos des Suisses alémaniques rétrogrades et Neinsager chroniques qui, une fois de plus, bouchent l'avenir des Romands si ouverts et si progressistes», prédit-il. «Je ne serais guère surpris, dans cette situation, d'entendre plus souvent poser la question de fond suivante: les Alémaniques et les Romands peuvent-ils encore s'entendre?», questionne-t-il, invitant à se mettre autour d'une table pour discuter de «l'avenir politique de notre pays».

Il parsème son pamphlet de quelques phrases purement provocatrices. Extraits choisis: «Si la Suisse romande se sent mieux dans une grande Europe où le revenu moyen par habitant est plus bas, où les taux d'intérêt et le chômage sont plus élevés, où la TVA est d'au moins 15,6%, où le franc suisse serait remplacé par un euro en perte de vitesse, où les contribuables devraient encore verser des milliards, alors il ne faut pas que les Alémaniques l'en empêchent […] On ne peut pas nier qu'il existe un clivage politique entre les Alémaniques épris de liberté et les Romands toujours plus attachés à l'Etat.»

Comité central convoqué

Le hasard du calendrier fait que ce pamphlet paraît au moment même où l'aile zurichoise de l'UDC renforce son pouvoir au sein du parti suisse. La candidature unique du Zurichois Gregor A. Rutz comme nouveau secrétaire général en remplacement du Fribourgeois Jean-Blaise Defago traduit en effet cette tendance. Favorable à l'EEE, critique à l'égard de l'attitude de Neinsager du parti, favorable aux soldats armés à l'étranger et à l'ONU, Jean-Blaise Defago s'est en effet démarqué à plusieurs reprises de la ligne majoritaire de l'UDC. Secrétaire général de l'UDC depuis le 1er janvier 2000, il n'aura pas occupé cette fonction très longtemps, puisqu'il la quitte à fin avril et rejoint ainsi le camp des secrétaires généraux de l'UDC qui ont démissionné pour cause de désaccord avec la majorité zurichoise. Ce camp compte déjà les noms de Max Friedli, de Myrtha Welti, et de Martin Baltisser.

Pour le remplacer, le comité directeur a décidé de lancer le jeune Gregor A. Rutz, 28 ans. Ancien radical, ce jeune politicien s'est fait remarquer en combattant la norme antiraciste et par des déclarations tonitruantes à connotation révisionniste qu'il dit aujourd'hui regretter. Juriste, il a étudié à l'Université de Fribourg, ce qui fait dire à Ueli Maurer que, s'«il n'est pas bilingue comme Jean-Blaise Defago, il parle bien le français». Le Temps aurait aimé le vérifier de vive voix, mais Gregor A. Rutz est resté injoignable lundi. Car cette question linguistique est bien davantage qu'un détail. Jean-Blaise Defago a tenté d'implanter et de développer l'UDC en Suisse romande. Il continuera d'y travailler, comme président de la section Sarine pour les élections cantonales fribourgeoises.

Mais les événements de ces derniers jours, envenimés par la diatribe de Maximilian Reimann, ne contribueront guère à asseoir l'UDC en Suisse romande. La section vaudoise a en effet réagi vivement à la procédure choisie par la direction du parti pour régler la succession de Jean-Blaise Defago. Dès son départ connu, vendredi soir, le choix de Gregor A. Rutz a été immédiatement communiqué aux membres du comité central, en principe compétents pour une nomination de ce genre. Choquée d'avoir été mise devant le fait accompli (Le Temps du 26 février), la section vaudoise a exigé lundi la convocation d'une séance extraordinaire du comité central. Le président Ueli Maurer va s'exécuter: il pense convoquer cette réunion «à la fin de la semaine prochaine, vraisemblablement à Berne».

(Là où la traduction française introduit des nuances, nous avons retenu

la version originale allemande.)