Le Ministère public et le pouvoir judiciaire dans son ensemble savent désormais à quoi s’en tenir. Après une période de grande instabilité, marquée par l’entrée en vigueur de la nouvelle procédure pénale et la démission historique du procureur général Daniel Zappelli, l’institution va pouvoir se reconstruire grâce à un souffle nouveau.

Pour opérer ce virage, le parlement avait le choix entre deux candidats aux priorités, crise oblige, assez semblables. S’investir dans cette fonction, remédier aux dysfonctionnements internes du Parquet, restaurer la confiance avec les deux autres pouvoirs, définir une politique pénale lisible et réaliste en concertation avec la police.

Si les objectifs étaient, à quelques nuances près, les mêmes, le profil et le style des deux candidats différaient beaucoup. Christian Coquoz, un brin austère, pénaliste chevronné et magistrat dans l’âme, présentait l’avantage de connaître la maison et surtout d’être reconnu et largement accepté par ses pairs. En temps de crise, l’atout de l’adhésion n’était pas négligeable.

Suscitant beaucoup plus de réticences au sein du monde judiciaire en raison de son envergure politique très marquée, Olivier Jornot, certainement brillant et sans doute plus porté sur les aspects managériaux de la fonction, a misé sur la rupture pour plaider un nécessaire et profond changement.

En élisant le second, le Grand Conseil privilégie la stratégie d’une sorte de choc culturel salutaire. Face à l’ampleur du chantier et compte tenu du climat délétère qui s’est installé au Palais, le pari est audacieux.