Pour maintenir son activité, Provins, le plus grand producteur de vin de Suisse, souhaite devenir une société anonyme, mettant fin à 90 ans d’histoire coopérative. Jeudi matin, la direction et le conseil d’administration de la cave ont présenté un projet de partenariat avec la coopérative agricole Fenaco lors d’une conférence de presse à Sion. Cette transformation doit être soumise au vote des 3200 sociétaires le 14 avril prochain, lors de deux assemblées générales extraordinaires.

Menacé de faillite, Provins compte sur ce rachat pour redresser ses finances. «Le conseil d’administration et la direction ont étudié toutes les options possibles pour assurer la pérennité de Provins, affirme Guido Egli, vice-président du conseil d’administration. Nous avons cherché une solution qui ne se contentera pas de régler les problèmes financiers de Provins, mais qui nous permettra aussi de continuer à être un partenaire viable pour les vignerons valaisans.» Refusant d’entrer dans les détails des négociations pour des raisons de confidentialité, il a confirmé que quatre projets, dont celui d’une entreprise valaisanne, ont été étudiés. «Toute autre solution aurait entraîné un redimensionnement massif de Provins», appuie Otmar Hofer, actuel directeur de la coopérative.

Un nouveau conseil d’administration

Si le rachat de Provins par Fenaco est entériné par les sociétaires, la coopérative agricole détiendrait 70% des parts de la nouvelle société. L’opération prévoit l’émission de 29 141 nouvelles actions d’une valeur de 300 francs et la transformation des 12 489 parts sociales détenues par les coopérateurs en actions. Au total, l’apport financier de Fenaco devrait s’élever à 50 millions de francs.

«La détention majoritaire de Provins par Fenaco pourrait entraîner la crainte, au niveau des sociétaires, d’une perte de contrôle, reconnaît Jean-Blaise Gollut, viticulteur et membre du conseil d’administration. Mais si 22 000 agriculteurs en Suisse collabore déjà avec Fenaco, c’est qu’ils ont confiance et qu’il s’agit d’une relation gagnant-gagnant.» A l’issue du rachat, le nouveau conseil d’administration serait présidé par Christian Consoni, membre de la direction de la coopérative agricole. Pour défendre les intérêts des sociétaires, deux des cinq membres proposés seraient des vignerons, dont Jean-Blaise Gollut.

Ce renouvellement entraînerait le départ de Léonard Perraudin, actuel président du conseil d’administration. Ce dernier était absent lors de la conférence de presse, du fait de la position de sa femme, Karin Perraudin-Bertholet, membre du conseil d’administration de Fenaco. Pour éviter tout conflit d’intérêts, ils se sont tout deux récusés de leurs fonctions pour la durée du processus.

Un discours optimiste

Malgré les incertitudes qui subsistent encore autour de l’adoption de cette solution par les sociétaires, les parties prenantes se sont voulues rassurantes. Ce projet prévoit pourtant la fin de l’obligation pour Provins de racheter la totalité de la récolte de ses coopérateurs. Cette mesure avait été rejetée le 12 décembre dernier lors d’une première assemblée générale extraordinaire.

«Il ne s’agit pas d’une fusion, Provins restera une société autonome», assure Christian Consoni. La direction de Provins compte notamment sur la garantie de paiement des 13 millions de francs dus pour la récolte 2019 si le rachat se fait pour convaincre les sociétaires. Autre argument souligné, l’apport d’un réseau national de 900 points de vente par Fenaco. Otmar Hofer a également affirmé qu’aucune suppression de poste n’était envisagée.

«Il ne faut pas oublier son passé, mais il faut aussi vivre avec son temps. En 1930 la forme de coopérative avait du sens, mais aujourd’hui c’est la seule solution viable», affirme Jean-Blaise Gollut. Les sociétaires décideront donc de l’avenir de Provins le mois prochain. Sauf si l’épidémie liée au coronavirus empêche la tenue de l’assemblée générale.