Le premier août, une nouvelle strophe sera chantée sur la prairie du Grütli et dans plusieurs communes, sur l’air du Cantique suisse: «Ouvrons notre cœur à l’équité et respectons nos diversités. A chacun la liberté dans la solidarité». Rédigé par le musicologue Werner Widmer, ce texte a été proposé aux municipalités par la Société suisse d’utilité publique (SSUP). En 2014, elle avait organisé un vaste concours artistique destiné à dépoussiérer l’hymne national.

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Gestionnaire du Grütli et organisateur de la cérémonie qui s’y tient le premier août, le responsable de la SSUP Lukas Niederberger espère que ce nouvel hymne sera entonné de plus en plus souvent au fil des années: «Ce n’est que lorsqu’il aura remplacé dans les faits le Cantique suisse qu’il sera officiellement soumis à l’instance fédérale pour être entériné». Le procédé, comme le texte, suscite la «colère noire» du vice-président du PDC suisse, Yannick Buttet.

Le nouveau couplet entonné dans les quatre langues nationales

Le Temps: Pourquoi ce nouvel hymne vous excède-t-il à ce point?

Yannick Buttet: Aujourd’hui, c’est la manière dont on essaie de nous imposer insidieusement ce nouvel hymne qui me choque. L’e-mail que la SSUP a envoyé aux communes est malhonnête et trompeur, digne des pires arnaques en ligne. En nous encourageant à distribuer sa version dans les écoles et à la propager le jour de la fête nationale, cette société laisse croire que le texte a été approuvé et que le processus est terminé alors que ce n’est pas vrai. Ce procédé est opaque et antidémocratique. Il me dégoûte.

– Mais ce n’est pas tant la forme que le fond qui vous dérange. Vous êtes fâché parce que Dieu et la patrie ont disparu du texte?

– Ce sont deux notions fondamentales de la Suisse, et cet hymne fantoche les évite volontairement. La croix suisse, c’est notre héritage chrétien. Elle n’est pas tombée du ciel. Un jour, la SSUP nous demandera de changer de drapeau. Une bannière bleue et blanche ferait peut-être plaisir aux élites zurichoises… Au début j’ai souri. Aujourd’hui, je suis dans une colère noire.

– Vous reprochez donc à la SSUP de substituer des idées de gauche à des valeurs de droite?

– Le patriotisme et la transcendance ne sont pas de droite ou de gauche. Et je défends moi aussi la solidarité et le respect des diversités. Je reproche à la SSUP de nuire à la Suisse, en défendant un texte très internationaliste qui nie l’existence de notre patrie. C’est une démarche d’extrême-gauche, militante et provocatrice. La SSUP veut détruire tout un pan de notre histoire.

– On comprend que vous voulez faire la guerre à la société et à son responsable, Lukas Niederberger.

– Je ne le connais pas, et je ne juge que ses actions. Je constate qu’il travaille de manière déloyale, alors je n’en resterai pas là. On doit retirer la gestion du Grütli à ces gens qui méprisent les institutions. Au mieux, cette société arrogante n’est pas sérieuse, au pire, elle manipule les gens. Je penche pour la seconde solution: J’ai l’impression qu’un petit groupe d’illuminés a décidé d’imposer un nouvel hymne au peuple, sans le consulter. Dans un pays comme le nôtre, on ne peut pas exacerber les différences pour diviser les citoyens. On risque d’abîmer la cohésion nationale. J’espère que le Conseil fédéral ne soutiendra plus la SSUP.

– Vous avez interpellé plusieurs fois le parlement et vous avez même évoqué la possibilité d’une initiative populaire. Vous n’en faites pas un peu trop?

– Penser que j’en fais trop, c’est sous-estimer la portée symbolique de notre hymne national. Cette affaire mérite une attention importante parce qu’on n’a pas le droit de jouer avec les symboles, ils ne sont pas anodins. Les Suisses doivent être fiers de leur hymne, pas pour sa qualité musicale, mais pour ce qu’il représente. Je suis soldat et le cantique suisse me donne des frissons. On ne peut pas faire de la politique sans émotions. C’est un moteur important d’un peuple.

– Votre discours peut sembler populiste…

– Non, le populisme, c’est jouer avec les émotions. Moi, je reconnais leur existence et je les utilise pour bâtir l’avenir.