Travail

Un piège pour la gauche: le salaire minimum au rabais

Comme Neuchâtel, le Jura et le Tessin pourraient bientôt introduire le salaire minimum. Mais les partis de gauche, qui ont gagné sur le principe, dénoncent aujourd’hui des propositions chiffrées trop basses

Après Neuchâtel, les cantons du Jura et du Tessin sont en bonne voie pour adopter le salaire minimum. Mais à quel prix? Les partis de gauche, qui ont fait de cette cause leur cheval de bataille depuis des années, ont gagné sur le principe. Malheureusement, les montants négociés à l’heure actuelle sont loin de leurs espérances.

Au Tessin, le gouvernement a présenté la semaine dernière le projet de loi sur le salaire minimum, accepté par le peuple en 2015. Mais cette proposition a refroidi les initiants, les Verts en tête. Le ministre tessinois de l’Economie et des finances, Christian Vitta (PLR), a en effet annoncé une proposition de salaire minimum entre 3372 et 3462 francs. Selon les secteurs, la rémunération horaire serait donc fixée entre 18,75 francs et 19,25 francs.

«Proposition inacceptable»

Les Verts et les autres partis de la gauche ont rejeté cette offre: «Au vu de ces chiffres, le projet du Conseil d’Etat s’écarte du but premier du salaire minimum, qui est de permettre aux citoyens de vivre sans recourir à l’aide sociale», dénonce le parti écologiste dans une prise de position.

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Une fois accepté par le peuple, le dossier du salaire minimum a été confié à l’exécutif tessinois, à forte majorité de droite. Cette proposition minimaliste n’a donc rien d’étonnant. «C’est en effet le risque», admet la conseillère nationale PS Marina Carobbio Guscetti. Dans une prise de position, le Parti socialiste réclame un montant de 21,50 francs pour permettre à chacun de «vivre dignement». «On souhaite instaurer un salaire minimum, mais pas à n’importe quelles conditions», souligne l’élue tessinoise. Le projet du gouvernement devra encore être validé par le Grand Conseil. Les Verts ont déjà averti qu’ils lanceraient un référendum si les montants évoqués n’étaient pas revus à la hausse.

Un salaire qui fait débat

Au Jura, le législatif a adopté fin octobre en première lecture la loi sur le salaire minimum. Dans ce canton également, le montant retenu, 19,25 francs, est loin des 20 francs escomptés par les Verts et la gauche alternative. Ce chiffre, calculé sur la base de la législation fédérale des prestations AVS-AI, doit permettre à un adulte vivant seul de subvenir à ses besoins. Le hic: les 19,25 francs horaires sont une proposition de 2013, date à laquelle l’initiative cantonale «un Jura aux salaires décents» a été acceptée par la population.

«A l’heure actuelle, il faudrait gagner 20,13 francs pour atteindre les minima sociaux», explique le Vert Ivan Godat. Le député jurassien regrette la «mauvaise foi» d’un parlement à majorité de droite: «On ne respecte pas la volonté populaire exprimée en 2013. Et dire qu’on entend encore des propositions en dessous de 19 francs!» Pour ne rien arranger, la majorité des députés souhaite soumettre la loi à un référendum obligatoire. Si la deuxième lecture venait à le confirmer, le peuple devrait s’exprimer une nouvelle fois. «Certains députés de gauche se demandent même si ça vaut la peine d’instaurer le salaire minimum sous de telles conditions», soupire Ivan Godat.

Neuchâtel ouvre la voie

A Neuchâtel, le débat a abouti. Dans le même temps où les Genevois refusaient le salaire minimum, ce canton a été le premier à inscrire celui-ci dans sa Constitution. En juillet dernier, le Tribunal fédéral a rejeté les recours déposés en 2014 par les représentants patronaux. La Haute Cour a ainsi confirmé qu’un salaire minimum cantonal est conforme aux principes de liberté économique inscrits dans la Constitution.

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Le règlement d’application du salaire minimum neuchâtelois a été adopté fin octobre par le Conseil d’Etat. Pour l’année 2018, le tarif horaire se montera très précisément à 19,78 francs, et non pas 20 francs comme annoncé initialement. Baptiste Hurni, président du groupe socialiste au Grand Conseil, se déclare néanmoins satisfait: «Ce n’est pas un drame. Le montant sera indexé sur l’indice des prix à la consommation. Il suit donc l’évolution du coût de la vie.»

Selon les chiffres du canton, le salaire minimum profite à 2700 actifs en 2017. Pour les entreprises, cela implique une hausse de la charge salariale de 7,1 millions, soit 0,17%. Pour Baptiste Hurni, le but fondamental est atteint: «Le droit des travailleurs à plein temps de pouvoir vivre dignement est désormais inscrit dans la loi.»

Le socialiste espère d’ailleurs que Neuchâtel servira d’exemple. «L’objectif est de démontrer aux citoyens d’autres cantons que le salaire minimum peut fonctionner.» En 2014, la population suisse avait refusé massivement l’introduction à l’échelle du pays d’un salaire minimum à 4000 francs. La gauche a donc décidé d’avancer à petits pas, même si les négociations avec la droite sont rudes. «Beaucoup de progrès ont été atteints comme ça», assure le socialiste.

Et encore: Le salaire minimum est clairement rejeté

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