Pour l’instant, la Suisse ne claque pas la porte. Malgré les vives critiques méthodologiques émises mardi lors la présentation tronquée des résultats de l’enquête PISA et la publication d’une lettre courroucée au secrétaire général de l’OCDE, la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) et le Secrétariat d’État à la formation (Sefri) n’ont pas menacé de se retirer de l’exercice. Car cette évaluation des compétences des jeunes menée dans 72 pays et économies représente pour l’heure «la seule possibilité pour la Suisse de comparer, sur le plan international, les acquis de ses élèves» en sciences, en mathématiques et en lecture, selon la CDIP.

Lire aussi: La Suisse se révolte contre l’enquête PISA

Pisa n’a donc pas d’équivalent. Pas encore du moins. Car un autre projet est en construction depuis des années: une enquête strictement nationale qui permettra d’évaluer la performance du système suisse de formation obligatoire. Ce «Pisa suisse» mesurera, auprès d’un échantillon de 26 000 élèves, si certaines compétences fondamentales ont bien été acquises durant la scolarité obligatoire, formant un socle indispensable pour la suite du parcours. Les connaissances seront évaluées dans quatre disciplines: les mathématiques, la langue de scolarisation, la 2e langue nationale enseignée, ainsi que les sciences naturelles. Au fil du temps, des tests seront effectués à la fin de la 4e année scolaire, de la 8e (fin de l’école primaire), ainsi qu’à l’issue de la 11e et dernière année obligatoire.

Objectifs nationaux

Pour cela, des objectifs nationaux de formation ont été adoptés en 2012 déjà par les responsables cantonaux de l’éducation. Les exercices – qui se font sur ordinateur comme Pisa – ont été validés. La première série, portant sur les maths, s’est déroulée au printemps 2016. Une deuxième série sur l’apprentissage des langues sera organisée au printemps 2017. «Les premiers résultats du rapport national sur l’éducation devraient être présentés au printemps 2018», annonce Olivier Maradan, secrétaire général de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin. Par la suite, des synthèses suivront tous les quatre ans.

En Suisse, les responsables de l’éducation attendent beaucoup de ces résultats. Les profs également. Cela explique que les deux principaux syndicats d’enseignants se montrent si offensifs: «Nous avons besoin d’un dialogue critique scientifique [avec l’OCDE] sur les questions méthodologiques. Dans le cas contraire, Pisa perd toute crédibilité et une sortie s’impose», ont jugé le Syndicat des enseignants romands (SER) comme la faîtière alémanique. Dans leur viseur, le nerf de la guerre: l’argent. Si les résultats de Pisa ne sont pas exploitables en Suisse, le montant utilisé pour cette enquête – plus de 3 millions de francs – pourrait être réaffecté à l’étude suisse, estiment-ils. «Ces tests demandent des moyens importants et peut-être faudra-t-il revoir les priorités», lance Samuel Rohrbach, le président du SER. Il juge certes la comparaison internationale utile, mais estime aussi qu’il faut «penser aux élèves», à qui l’on ne peut imposer constamment des évaluations.

Thermomètre utile

Pour un temps en tout cas, les deux enquêtes internationale et suisse devraient cohabiter. «Pisa reste un thermomètre utile pour la comparaison internationale: les résultats de 2000 avaient provoqué un choc salutaire en Suisse. Nous continuons donc d’y participer, mais avec un échantillon minimal de l’ordre de 6500 élèves et en parallèle, comme dans de nombreux autres pays, nous disposerons d’un outil national basé sur nos propres standards, explique Olivier Maradan. Cela fait une immense différence, car Pisa ne nous apprend pas grand-chose sur les boulons qu’il faut resserrer». Parmi les éléments les plus scrutés dans la durée: les différences liées aux origines socio-économiques, culturelles et à la migration, celles entre les filles et les garçons, ainsi que le pourcentage d’élèves au-dessous des seuils d’alerte qui risquent de devenir des décrocheurs.

Lire aussi: L’étude PISA, faut-il la prendre au sérieux ou s’en méfier?