Des empoisonneurs de fontaines. Voilà comment se définissent les quatre personnalités - les journalistes François Dayer et Luzius Theler, le sociologue Bernard Crettaz et l'historien Philippe Bender- chargées par le conseiller d'Etat Claude Roch de traquer un vrai serpent de mer: l'unité valaisanne.

Après la tenue d'un colloque, voici un opuscule pour constater d'abord que l'unité cantonale se trouve en danger parce que ses différents acteurs ne la discutent que lorsque cela les arrange: la majorité PDC pour entretenir un patriotisme d'estrade, et les minorités radicale et socialiste pour dénoncer la machine de guerre électorale de la majorité.

Or le mariage n'est guère solide à la base puisqu'il fut conclu, au gré des vents de l'histoire, sans fatalité «ni beaucoup d'amour». La géographie ne l'imposait pas, les deux langues plaidaient contre. Haut et Bas ont longtemps vécu, plutôt qu'une guerre froide, une cohabitation tiède. On chipote sur les divergences mais on finit «par s'entendre sur l'essentiel: ne rien laisser échapper de la manne fédérale». Avec une notion de l'unité consistant surtout à «courir en tous sens pour satisfaire des enjeux régionaux ou locaux». Et comme corollaire une répartition territoriale du pouvoir, faisant de l'appartenance au bon district la principale qualification pour entrer au gouvernement.

Résultat: peu d'hommes d'Etat, «mais combien de falots, combien d'embusqués, tout juste suffisants à la tâche?»

La majorité, pas plus que les minorités, n'est encore à même de garantir l'unité. Inutile de compter sur la société civile, «cette Arlésienne». Ni sur les forces vives du canton, qui partent dans tous les sens.

Alors quoi? La réunion de tout ce petit monde à travers l'Etat, mais un Etat du Valais qui ne soit plus «cette nébuleuse d'arrangements et d'intérêts». Un «Etat citoyen qui nous ressemble», et porté par une identité, non «pas meurtrière, mais ouverte et assimilatrice», comme le dit Philippe Bender.

A l'exemple de ce fameux FC Sion qu'invoque François Dayer: un but égalisateur venu d'un pied serbe et une coupe brandie par un capitaine au nom certes bien valaisan -Gaspoz- mais qui est aussi, par sa double origine, international béninois. Un Afro-Valaisan: voilà qui élargit en effet le sentier muletier conduisant à l'unité.

«Vallesia Superior Ac Inferior, propos sur un pays inachevé». Editions Porte-Plumes. En souscription sur http://www.porte-plumes.ch Dédicace des auteurs, au Salon du livre à Palexpo, Dimanche 30 avril dès 14h.