L’union fait la force. C’est le leitmotiv qui guide la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, cheffe du Département fédéral de justice et police, en matière de lutte contre les violences domestiques. Ce vendredi, les acteurs concernés de la Confédération, des cantons et de la société civile se sont réunis à son initiative pour présenter une feuille de route qui vise un objectif: mieux protéger les victimes de violences au sein du foyer, femmes, hommes ou enfants. Parmi les mesures annoncées: la mise en place d’une centrale téléphonique unique pour dénoncer un cas ou demander de l’aide, mais aussi d’un bouton d’alerte pour les victimes.

Très engagée sur le sujet des violences domestiques depuis son mandat de conseillère d’Etat à Saint-Gall en 2003, Karin Keller-Sutter réaffirme aujourd’hui sa volonté de développer une politique coordonnée à l’échelle nationale. En 2020, ce fléau a coûté la vie à 28 personnes et quelque 20 000 infractions relatives ont été recensées par la police. «Pour en venir à bout, tous les acteurs doivent unir leurs efforts», a répété la conseillère fédérale, soulignant l’importance de s’inspirer des bonnes pratiques dans les cantons qui font office de laboratoires.

Un fléau longtemps ignoré

Fruit d’un an de réflexion avec les différents acteurs, le plan d’action présenté vendredi détaille dix champs d’action prioritaires, autant de chantiers ouverts qui montrent l’ampleur du retard accumulé. Les choses vont-elles trop lentement? «Peut-être», reconnaît Karin Keller-Sutter, tout en rappelant que «la Suisse a longtemps ignoré le problème, considérant la violence conjugale comme inexistante, en particulier dans les ménages aisés».

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Il n’empêche, l’heure est désormais aux engagements pour une approche commune et coordonnée. Aux cantons d’examiner des pistes d’amélioration, à la Confédération de décider ou non de les financer. «L’une des priorités est de faciliter l’accès aux informations et aux services d’aide pour les personnes concernées», estime Nathalie Barthoulot, présidente du gouvernement jurassien et présidente de la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales. Une nécessité révélée notamment par la pandémie, pendant laquelle les victimes se sont vues isolées à domicile. L’instauration d’une ligne téléphonique unique disponible 24h sur 24h est donc à l’ordre du jour. «Aujourd’hui, chaque canton dispose d’un numéro d’urgence, pas toujours accessible», déplore la ministre, soulignant néanmoins que la police reste disponible en tout temps.

Outils technologiques

La gestion des menaces et la surveillance constituent un autre champ d’action. Les cantons sont ainsi priés de s’inspirer de Soleure, Zurich ou encore Lucerne, où la transmission d’informations entre les autorités et les institutions permet de détecter précocement les situations à risque. En matière d’outils techniques, les cantons évaluent la possibilité d’équiper les victimes qui le souhaitent d’une alarme permettant d’appeler les secours en cas de problème. L’introduction du bracelet électronique à l’échelle nationale reste quant à elle prévue pour 2023.

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En termes d’accueil et de prise en charge, les cantons sont encouragés à accompagner les victimes dans le cadre de la procédure pénale avec l’aide des centres LAVI, entre autres. Ils s’engagent également à «poursuivre leurs efforts pour garantir un nombre suffisant de places dans les hébergements d’urgence». Un défi de taille. Si certains cantons, à l’instar de Bâle-Ville qui a doublé son nombre de places en foyer, sont très actifs, d’autres évoquent des difficultés de financement ou ne semblent pas faire du problème une priorité.

Manque de places en foyer

Difficile, toutefois, de chiffrer les besoins. «On sait que 1000 femmes et 1000 enfants sont hébergés chaque année en foyer, détaille Nathalie Barthoulot. Dans le même temps, la moitié des personnes qui demandent de l’aide doivent être aiguillées vers d’autres structures par manque de place.» A Genève, le foyer Arabelle reçoit en moyenne une demande tous les deux jours. «Actuellement, une centaine de femmes sont sur liste d’attente, précise le directeur des lieux, Marc-Antoine La Torre. On doit évaluer l’urgence des situations, tout en sachant que certaines menacent d’exploser.» Au-delà de l’entrée en foyer, la sortie constitue aussi un enjeu. «De nombreuses femmes peinent à quitter ces structures par manque de capacités financières», souligne Sylvie Durrer, directrice du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes.