Justice

Un policier fédéral se fourvoie en Russie

Un policier fédéral a enquêté pour son propre compte dans l’entourage de Vladimir Poutine. Une procédure pénale est ouverte à son encontre

Le procureur général de la Confédération a ouvert une procédure pénale contre un policier fédéral ayant enquêté pour son propre compte sur des cas de blanchiment d’argent et de corruption en Russie. Pour avoir outrepassé ses compétences, le policier prévenu pourrait devoir répondre d’usurpation de fonction, d’abus de pouvoir, de violation du secret professionnel et de corruption.

Selon le Tages-Anzeiger, qui révèle cette affaire, la Police judiciaire fédérale (PJF) a déposé plainte le 8 février contre son propre collaborateur, spécialiste du crime organisé et fin connaisseur de la Russie.

Voyage privé à Moscou

L’affaire remonte à la fin de l’année dernière. Le prévenu profite de ses vacances pour s’octroyer un voyage privé à Moscou. En fait, il avance sur ses dossiers délicats, qui concernent des enquêtes pour blanchiment d’argent contre deux anciens ministres dont Elena Skrynnik, ex-responsable de l’agriculture et proche du Président Poutine. Dans le cadre de ces affaires, 70 millions de francs ont déjà été bloqués sur des comptes en Suisse.

Si le voyage de l’enquêteur est problématique, c’est surtout que le code de procédure pénale suisse n’autorise pas les enquêtes informelles. L’échange de dossiers en dehors du cadre d’entraide judiciaire internationale est illégal. La procédure pénale va donc devoir déterminer si le policier s’est effectivement rendu coupable d’une infraction.

Parcours atypique

Interrogé par le quotidien zurichois, l’avocat du policier se refuse à tout commentaire, sur ordre du procureur général. On ne sait donc pas si son client conteste les reproches. L’Office fédéral de la police (Fedpol) a suspendu le policier de ses fonctions et examine les sanctions disciplinaires.

Selon le Tages-Anzeiger, ce spécialiste de la Russie enquêtait depuis la fin des années 90 au sein de la police judiciaire fédérale (PJF) sur des cas de blanchiment d’argent et de corruption dans l’ancien Empire soviétique. Selon certaines de ses connaissances professionnelles, l’homme est un père de famille quinquagénaire «intègre, intelligent et compétent». Universitaire et non pas issu d’une école de police, il a un parcours quelque peu atypique. Il est connu aussi pour s’être exprimé de manière critique contre la direction du Fedpol devant un public élargi.

Changement de priorités

Cette affaire pourrait être en lien avec des modifications survenues récemment dans les priorités de la PJF et du procureur de la Confédération. Le cas de l’ex-ministre Elena Skrynnik a ainsi perdu de son importance au profit d’enquêtes autour du scandale brésilien Petrobras. Le procureur a par exemple détaché une analyste financière occupée du cas russe, en faveur du procès brésilien. C’est peut-être pourquoi le spécialiste aujourd’hui suspendu tenait tant à sauver l’avancement de son dossier. Mais son initiative privée pourrait mettre en péril la suite de l’enquête.

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