Un MCG «light» à la conquête de Plan-les-Ouates

Genève Le parti anti-frontalier lance le consensuel Francisco Valentin face à l’entente PDC-PLR

La ville, rurale et industrielle, est en pleine mutation

Eric Stauffer lui reproche d’être un brin trop modéré. Réponse de Francisco Valentin au «Duce» (l’un des surnoms du cofondateur du MCG): «On marche plus loin et plus vite à l’ombre qu’en plein soleil.» Le conseiller municipal de Plan-les-Ouates (PLO) est un homme discret. Au point que la standardiste du MCG dit «ne pas connaître de Valentin». Sur le site du parti anti-frontalier, son nom ne figure pas dans la liste des députés au Grand Conseil, lui qui pourtant y siège. Oubli ou acte manqué? Francisco Valentin, 55 ans, est un élu à part au sein de sa formation, un peu loin d’Onex et de certains bars à whisky.

Un élu PDC de Plan-les-Ouates confie: «Francisco n’a que trois choses en commun avec les MCG: il fume, il est policier et il y a des racistes parmi ses soutiens. Pour le reste, c’est un type intelligent avec qui on peut travailler en bonne collégialité.» En 2011, il a fait entrer le MCG au Conseil municipal de Plan-les-Ouates en ravissant quatre sièges, dont deux au PLR et un aux Vert’libéraux (ex-Action villageoise). Le 19 avril, le parti, qui présente douze candidats, compte en placer sept, soit autant que le PDC, plus grande force politique de la commune. Son chef de groupe, de son côté, ambitionne de rejoindre l’exécutif. Son arrivée ferait grand bruit. Car la rurale et prospère Plan-les-Ouates (devenue ville le 22 décembre 2010 après la naissance de son 10 000e habitant), longtemps fief radical avant de basculer démocrate-chrétienne, cultive le conservatisme. «Plan a longtemps été une commune de vieilles familles, les Blanc, Magnin et Genecand, qui mettaient la main sur tout et vous trouvaient un logement si vous aviez la carte du parti», ironise l’ancien maire Pierre Guillermin.

Mais PLO change, invente de nouveaux quartiers et étale sa très lucrative Ziplo (Zone industrielle) où Rolex, Patek Philippe, Piaget et autres grosses marques emploient 9000 personnes, dont… énormément de frontaliers. Francisco Valentin ne cautionne pas le «zéro frontalier» de Stauffer, «parce que sans eux on est morts», mais veut réduire «le trafic hallucinant des «plaques jaunes» et des bus qui arrivent de Pontarlier à 6h du matin». «90% des salariés de Patek sont Français, enchaîne-t-il. Je ne les attaque pas mais les résidents sont prioritaires.» Du classique donc.

Rebaptisée par certains «Plan-les-Watch», la commune mue, et cela fait peur à une frange de la population. La route de Saint-Julien qui coupe la ville est assimilée à une balafre, surtout le matin et le soir. Une habitante*: «Quand j’ouvre mon enveloppe de vote, je ne regarde que les consignes du MCG, mon mari aussi. Il a perdu son travail de paysagiste, il a fait deux ans de chômage et pendant ce temps-là, la mairie a embauché deux jardiniers français.» Le conseiller administratif vert Thierry Durand, qui se représente et a toute la gauche derrière lui, balaie l’accusation: «L’un des critères d’engagement est la compétence et à cet égard le marché suisse est souvent à sec. L’autre est la proximité; je préfère quelqu’un qui vit à Saint-Julien qu’à Versoix, qu’il soit Suisse, Français ou autre. Pour le reste, on a reçu le label «1 + pour tous» des communes qui engagent des chômeurs de longue durée. Il n’y a pas qu’Onex à se vanter d’avoir reçu cette récompense.» Assimilé à un David Hiler local, Thierry Durand a pour mission d’anticiper la réforme de l’imposition des entreprises (RIE3). PLO devrait figurer parmi les communes les plus touchées par le changement de taxation. «Si la taxe passe à 13%, on va perdre 10 millions de francs, soit un sixième de notre budget, avertit l’argentier de la commune. Cela risque d’être brutal. On s’y prépare avec la mise en place d’un fonds de réserve pour absorber le choc». Michel ­Favre, conseiller municipal PLR, abonde dans le même sens: «On s’apprête à vivre sur un demi-poumon.»

PLR et PDC font alliance pour ces élections, stratégie pour, entre autres, contrer le MCG. Geneviève Arnold, la maire actuelle (PDC), a décidé de céder sa place après trois législatures à l’exécutif. Son collègue de parti Xavier Magnin, qui brigue son siège, fait ticket commun avec Fabienne Monbaron, conseillère administrative PLR sortante. Celle-ci a en charge l’autre grand chantier de la commune: la sortie de terre de nouveaux quartiers. Sept cents futurs logements à La Chapelle-Les Sciers, mille aux Cherpines. «Nous aurons des petits blocs, pas des immeubles, avec du 50% de social et autant de PPE», souligne Michel Favre. Le MCG, aux aguets, a flairé le bon thème électoral et pointe déjà les discriminations que subiront les Plan-les-Ouatiens. «Les classes moyennes traditionnelles sont oubliées, les villages sont oubliés, nos enfants et les enfants de nos enfants s’en vont faute de logements, nos impôts servent à loger des gens venus d’ailleurs», dénonce Francisco Valentin. Geneviève Arnold, qui qualifie Francisco Valentin «d’adversaire politique respectable» mais qui ne supporte pas «la xénophobie du MCG», répond: «En 2005, des immeubles à six étages ont poussé dans le quartier du Vélodrome, 33 nationalités sont arrivées, des personnes différentes, des femmes voilées, c’était soudain et nouveau. Et tout s’est plutôt bien passé parce que l’on a su accompagner le développement avec des écoles, des crèches, des commerces et un tissu associatif et sportif serré.»

La politique de Plan-les-Ouates en matière de petite enfance, de culture et d’équipements est citée en exemple dans le canton, même par le MCG local. D’où une criminalité basse en dépit d’actes d’incivilité à la hausse. Les candidats PLR souhaitent augmenter le nombre d’APM (police municipale), la gauche considère que la mesure est une surenchère électoraliste face au MCG. Ils ne sont pas les seuls à courir derrière le parti anti-frontalier. Le Vert’libéral Laurent Seydoux, qui se représente après avoir été évincé du Conseil administratif en 2011, a regretté sur la chaîne locale Léman Bleu que sur les 300 jeunes apprentis de Plan-les-Ouates, quatre seulement soient en formation dans la Ziplo. «Les Genevois d’abord, c’est aussi dans notre programme», sourit Francisco Valentin.

* Nom connu de la rédaction.

«Francisco n’a que trois choses en commun avec les MCG: il fume, il est policier et il y a des racistes parmi ses soutiens»