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«Ce bref moment de partage donne une image sympathique de la police», détaille Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police cantonale genevoise, tout en précisant que ce genre de démarche doit rester «rare».
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Sur les réseaux 

Un policier mélomane pour redorer le blason de l’institution? 

Filmé en train de jouer le morceau «Imagine» au piano à la gare de Cornavin, un agent en uniforme a fait le buzz sur les réseaux sociaux. En pleine campagne électorale, la prestation tombe à point nommé pour le Département de la sécurité

Un policier en uniforme qui pousse la chansonnette en s’accompagnant au piano. La scène n’est pas banale. On la doit au sergent-major Carl Emery qui s’est laissé tenter, ce mercredi, par une interprétation du morceau Imagine en pleine gare de Cornavin, devant des badauds mi-surpris, mi-enthousiastes. La vidéo de sa prestation, qu’il a lui-même postée sur YouTube, dépasse aujourd’hui les 68 000 vues et a été relayée par la quasi-totalité des médias romands. Si le geste peut paraître bon enfant, est-ce vraiment le rôle d’un agent que de divertir les passants mélomanes alors qu’il est en service?

«Ce bref moment de partage donne une image sympathique de la police», détaille Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police cantonale genevoise, tout en précisant que ce genre de démarche doit rester «rare». «Bien sûr, le travail d’un agent n’est pas de jouer du piano et nous aurions aimé être informés avant la publication de la vidéo, concède-t-il, mais on ignore le dialogue qui a pu se créer avec la population à ce moment-là. C’est aussi cela, le rôle de la police de proximité.»

Agent champion de kickboxing

Il faut dire que l’agent en question n’est pas tout à fait un inconnu. Ancien champion du monde de kickboxing, ce Genevois de 50 ans a été conseiller technique dans le film De rouille et d’os de Jacques Audiard, dans lequel il apparaît brièvement. En 2013, le magazine Coopération lui consacrait un article dans lequel il révélait sa passion pour le piano et l’orgue d’église, mais aussi sa «tendresse» pour les «écrits médiévaux».

Série d’enquêtes pénales

Alors que les félicitations d’internautes s’accumulent sur les réseaux sociaux, difficile de ne pas voir dans cette prestation un coup de projecteur bienvenu pour une police genevoise à l’image écornée. Récemment, les agents genevois se sont en effet plutôt distingués pour leurs démêlés avec la justice. La cheffe de la police, Monica Bonfanti, avait à ce titre effectué un rappel à l’ordre.

Lire aussi: Monica Bonfanti: «Les symboles du métier de policier ont été bafoués»

Le 28 mars dernier, l’un d’eux comparaissait à Genève pour avoir trafiqué le résultat d’un éthylotest auquel il avait soumis un collègue. Ce mercredi, le Tribunal fédéral a rejeté le recours d’un autre agent, condamné pour abus de pouvoir et faux dans les titres. Outre ces déboires, un sondage réalisé par la Commission du personnel de la police révélait, fin février, le mal-être de collaborateurs en proie au surmenage et à la déprime.

En pleine période électorale, le Département de la sécurité profite donc de cette bouffée d’oxygène printanière pour redorer son blason. Les policiers se portent bien: le grand chef Pierre Maudet lui-même s’en félicite sur Twitter. «La Police genevoise comme on l’aime: d’excellente tenue, souriante et pas déprimée pour un sou. Loin de l’image qu’en donnent les syndicats et proche de l’image qu’en souhaite la population.»

Lire aussi: Pierre Maudet, l’âge de raison

Pur hasard de calendrier?

Faut-il y voir un acte prémédité ou un pur hasard de calendrier? «Les policiers genevois ne sont pas en mal de reconnaissance, soutient Silvain Guillaume-Gentil. Le collaborateur nous a affirmé le caractère spontané de sa démarche. Il a interrompu son travail durant trois minutes pour le simple plaisir de jouer ce morceau. A vrai dire, on préfère voir des policiers dans une jolie vidéo comme celle-ci plutôt que dans une intervention qui dégénère.»

«Aucune préméditation ni calcul politique»

Sur Facebook, le policier mélomane n’a en tout cas pas l’air inquiet des conséquences. «Bon… ben je crois que j’ai fait un buzz… va falloir que je parle à mes patrons!» écrit-il en partageant l’article de la Tribune de Genève à son sujet. Joint par téléphone, Carl Emery assume: «La gare est mon lieu de travail, explique-t-il, j'ai vu un piano «public» et j’ai profité de l’occasion pour partager un moment d’échange et de plaisir avec les citoyens présents dont je suis le serviteur.» L'agent de proximité précise que la démonstration a eu lieu durant sa pause et «sans aucune préméditation ni calcul politique».

Charte éthique des fonctionnaires?

Alors que cet épisode démontre une fois de plus la portée des vidéos virales, les fonctionnaires genevois sont-ils tenus de respecter une éthique particulière sur Internet? «L’usage des réseaux sociaux ne fait pas l’objet d’une réglementation précise, indique Florence Noël, directrice de la communication au Département présidentiel genevois. L’Etat de Genève se base sur celles émises par la Confédération.»

Lire aussi: Comment les policiers genevois infiltrent la campagne électorale

Parmi les conseils contenus dans la brochure émise par le Département fédéral des finances: ne jamais publier «d’informations secrètes, confidentielles ou internes ni de données personnelles», publier «uniquement des images ou des textes que vous présenteriez également sans hésiter à vos collègues, collaborateurs ou supérieurs», ne pas faire de «déclaration au nom de l’employeur sans en avoir reçu l’autorisation formelle» ou encore se comporter de «manière respectueuse, honnête et polie».

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