La réunion de toutes les tâches de la Confédération relatives à la formation dans un seul département n'est que le dernier avatar, réduit à sa plus simple expression, de la volonté de réforme du gouvernement telle qu'elle s'était exprimée au début des années 1990. Les radicaux Gilles Petitpierre au National et René Rhinow au Conseil des Etats avaient initié en 1990 une réforme qui s'était brisée sur le refus du peuple en 1996. Peut-être est-ce aujourd'hui le moment de reprendre la question dans son ensemble plutôt qu'autour d'une seule tâche, comme ce fut le cas ces dernières semaines avec les velléités de Pascal Couchepin de réunir tous les éléments de la formation à l'Intérieur, ou, précédemment, de la volonté de Samuel Schmid, battue en brèche par Christoph Blocher, de créer un grand département de la Sécurité.

A cause des détails

C'est ce que pense le radical Didier Burkhalter, qui propose de relancer l'idée d'une réforme du gouvernement. Le Neuchâtelois était secrétaire romand du groupe radical au moment où celui-ci comptait des personnalités du calibre de Gilles Petitpierre et René Rhinow. Il en a retenu la volonté réformatrice, tout en tirant les leçons de l'échec. L'entreprise était bien partie, mais le parlement a voulu entrer dans le détail et c'est ce qui l'a condamnée, observe-t-il. On s'est déchiré autour de l'opportunité d'avoir sept ou neuf conseillers fédéraux, de créer des secrétaires d'Etat ou des ministres délégués. Pour finir, on s'est focalisé sur le coût de l'opération et la réforme n'a pas passé le cap du référendum.

Synergies et priorités

C'est pourquoi Didier Burkalter se garde de faire des propositions trop élaborées et trop péremptoires et choisit la forme du postulat - qui sera déposé au cours de cette session - pour tenter de relancer l'idée d'une réforme du gouvernement, en demandant au Conseil fédéral d'élargir ses réflexions actuelles sur la réorganisation des départements. Il n'en réécrit pas moins complètement l'organisation du collège gouvernemental. (voir ci-dessous), avec ce qu'il faut de provocation pour susciter l'attention, en réunissant notamment des tâches aujourd'hui dispersées dans deux ou trois départements différents. La répartition telle qu'il la suggère obéit à un double objectif. Il s'agit à la fois de mettre l'accent sur les synergies en évitant les tensions entre les différents départements, et d'exprimer de cette façon les priorités du Conseil fédéral.

La démarche est originale, à commencer par les appellations choisies pour chacun des sept départements, dont aucune ne reprend le nom d'un service existant, mais elle ne remet pas pour autant en cause les institutions.

C'est le bon moment et le terreau est actuellement fertile, estime Didier Burkhalter, qui a eu le feu vert de la présidence du parti. Le postulat n'a pas encore été soumis au groupe, mais celui-ci ne devrait pas le bouder. La tradition réformatrice appartient aux radicaux depuis 1848, souligne le Neuchâtelois, alors que la nouvelle stratégie de parti est de privilégier le travail de longue haleine.