Avec la crise financière, la campagne de votations a été reléguée au second plan. Pourtant, dans cinq semaines, le 30 novembre, les Suisses sont appelés à se prononcer sur cinq objets fédéraux (lire ci-dessous). Dont l'initiative populaire des syndicats pour la retraite à la carte dès 62 ans, sans pertes financières pour les revenus jusqu'à 120000 francs. Or, surprise, le premier sondage de la SSR avant les votations, effectué par l'institut gfs.bern auprès de 1204 personnes entre le 13 et le 20 octobre, donne le oui vainqueur, à une majorité de 52%, contre 30% de non et 18% d'indécis.

Flexibilisation en touche

En Suisse italienne (74% de oui) et romande (66%), les sondés se déclarent à une large majorité favorables à l'initiative «pour un âge de l'AVS flexible». Mais le texte recueille aussi davantage d'avis favorables outre-Sarine (46% de oui pour 37% de non). Comme attendu, c'est auprès de l'électorat socialiste et vert que la retraite à la carte obtient le meilleur score - respectivement à 69 et 58%. Les rangs démocrates-chrétiens et radicaux refusent à l'inverse tous deux cet objet, avec respectivement 49% d'avis négatifs et 30% de oui pour les premiers, et 50% de non pour 42% de oui chez les seconds. Enfin - élément intéressant - l'électorat UDC, pour sa part, soutiendrait l'initiative à 51%, pour 35% de non. Et ce, contre le mot d'ordre du parti.

Parmi les arguments plaidant en faveur du modèle des syndicats, l'institut gfs.bern relève d'abord le droit à une sortie digne de la vie active pour les personnes atteintes dans leur santé. La suppression des inégalités subsistant entre les salaires les plus hauts et les plus bas en matière de retraite anticipée est également avancée. De même que la flexibilisation de l'âge de la retraite, qui se fait attendre aux yeux de population. A l'inverse, les opposants à l'initiative répondent que ce texte conduit à un abaissement pur et simple de l'âge de la retraite. Et pointent, en outre, une augmentation des coûts aggravant la situation de l'assurance.

Enfin, selon plusieurs observateurs, le plan de soutien à UBS, présenté par le Conseil fédéral le 16 octobre, peut avoir pesé dans la balance. C'est notamment l'avis du conseiller national Stéphane Rossini (PS/VS): «Les gens sont remontés contre ce paquet pour la plus grande banque suisse, sans contrepartie dans le domaine social. Cela a certainement joué un rôle.»

La messe n'est toutefois pas dite. Car si les votations passent pour l'heure au second plan, ce premier sondage va certainement dynamiser la campagne des partisans comme des opposants. D'ailleurs, Stéphane Rossini se dit lui-même «prudent». «Ce premier résultat est encourageant pour les initiants, note le socialiste. Mais la campagne du camp bourgeois n'a pas encore démarré. Et les milieux patronaux vont sortir du bois.»

Ce que confirme le vice-président de l'UDC, Yvan Perrin: «Nous commençons la campagne véritablement maintenant.» Le Neuchâtelois ne se montre toutefois pas inquiet: «Lorsqu'on les interroge spontanément, c'est sûr, les gens sont favorables à la retraite dès 62 ans sans pertes financières. Mais après, ils se rendent bien compte que quelqu'un doit la financer.» D'ailleurs, comment le démocrate du centre explique-t-il le oui de l'électorat UDC alors que le parti prône le non? «Nous avons peut-être moins bien expliqué à notre base les enjeux de cette initiative, contrairement au PDC.»

En outre, les retournements de situation ne sont pas rares dans ce genre d'exercice. Pour les initiatives, le camp du non a tendance à grandir et celui du oui à diminuer durant la campagne. Ainsi, un mois avant le vote populaire sur l'initiative COSA, en septembre 2006, exigeant que le bénéfice net de la Banque nationale suisse (BNS) soit à l'avenir versé à l'AVS, un sondage SSR avait donné le texte gagnant à une majorité de 61%. Mais le peuple a finalement rejeté cet objet à 58,3% des voix.

Série de précédents

Par ailleurs, les votations similaires sur l'assurance vieillesse ont toutes été balayées par le souverain. En 1998, l'initiative de l'Union syndicale suisse «Pour la 10e révision de l'AVS sans relèvement de l'âge de la retraite» a été balayée par 58,5% de non. Deux ans plus tard, celle qui demandait «un assouplissement de l'AVS - contre le relèvement de l'âge de la retraite des femmes» a recueilli 61% de non. La même année, «la retraite à la carte dès 62 ans, tant pour les femmes que pour les hommes», projet des Verts qui envisageait un passage à la retraite flexible sans perte financière, a été balayée par 54% des voix. Enfin, en 2001, le peuple refusait à 77,1% l'initiative «pour garantir l'AVS - taxer l'énergie et non le travail!»