Le conseiller d'Etat radical Pascal Broulis restera dans l'histoire vaudoise comme le dernier président de l'ancien régime.

Depuis le 1er janvier, le ministre des Finances dirige les travaux du Conseil d'Etat pour un an, comme avant lui sa collègue socialiste Anne-Catherine Lyon. Dès 2007, après une courte présidence de quelques mois qui échoira sans doute à l'actuel vice-président Charles-Louis Rochat, le canton de Vaud se dotera d'une présidence pour cinq ans, comme le prescrit la nouvelle Constitution.

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Dans les états-majors politiques, la question de la future présidence ne provoque pas encore de remous. C'est que la fonction nage toujours dans un flou total.

Les deux articles constitutionnels sur le sujet ne fixent que des généralités: le président, qui exercera son mandat pendant une législature, assurera la «cohérence de l'action gouvernementale» et disposera de l'administration générale. Mis en consultation en novembre, l'avant-projet de loi du Conseil d'Etat n'en dit pas beaucoup plus. Seule précision: le président sera désigné par le gouvernement.

Collégialité en danger

Dans les états-majors politiques, on préfère donc jouer la montre avant de dévoiler son jeu. D'autant que la géométrie actuelle du Conseil d'Etat n'est pas pour valoriser un président coordinateur: après des années de crise permanente, le gouvernement a retrouvé une collégialité quasi indestructible.

Une présidence renforcée serait-elle donc inutile? Si tout le monde reconnaît au collège actuel une cohésion oubliée depuis des lustres en terre vaudoise, les choses pourraient changer dans un proche avenir. «La présidence aura toujours plus d'importance, prédit Pascal Dessauges, président de l'UDC vaudoise. L'Etat doit de plus en plus serrer ses finances, et la cohésion du gouvernement en souffrira forcément à terme. C'est alors qu'un président prendra toute son importance.»

A la tête des socialistes, Josiane Aubert estime qu'un président quiquennal pourrait même dépasser le simple rôle de coordinateur: «Dans sa position, ce serait la personne idéale pour lancer des réformes de fond. Une fois l'équilibre des finances atteint, le canton aura besoin de quelqu'un pour canaliser l'énergie des conseillers d'Etat, et d'une large frange de la classe politique. La présidence pourra, par exemple, s'investir dans un dialogue avec les communes. Vu le contexte actuel, c'est un domaine où il faudra mettre le paquet.»

Reste à savoir qui mettre sur le trône vaudois… Désigné par le gouvernement, le président sera une émanation de sa majorité. Deux scénarios sont donc possibles, selon que la gauche parvienne à renverser le rapport de force ou non en 2007.

Deux hypothèses à droite

Si la majorité reste à droite, deux noms reviennent avec insistance: Jean-Claude Mermoud et Pascal Broulis. Le premier a pour lui de s'être profilé sur tous les dossiers lourds et médiatiques de ces deux dernières années: asile, aménagement du territoire, découpage territorial, relations avec les communes… Le ministre UDC est partout.

Il pourrait toutefois payer cher les résultats mitigés obtenus dans ces mêmes dossiers: après 20 mois d'enlisement, c'est du parlement qu'est venu un espoir de solution dans le dossier des «523»; la carte des nouveaux districts suscitera inévitablement déceptions et rancœurs de la part des élus locaux; et le canton doit pour la première fois affronter un référendum lancé par les communes qui contestent un report de charges.

Le ministre UDC a cependant un avantage sur ses collègues: avec les institutions et les relations extérieures, il occupe le département le plus adapté à un mandat présidentiel.

Quant au radical Pascal Broulis, sa méthode d'assainissement «à petits pas» commence à porter ses fruits, avec l'équilibre budgétaire en vue pour 2007. Et sa ligne centriste, capable de compromis avec ses deux collègues socialistes, en ferait un rassembleur crédible.

Dans les coulisses, on assure que l'actuel président rêverait de pérenniser son statut de primus inter pares. «Son discours lors de la passation de pouvoirs avait des accents plus présidentiels que de coutume…» glisse-t-on. Pour accéder à la présidence, il devrait cependant abandonner le lourd Département des finances dans lequel il évolue comme un poisson dans l'eau.

L'embarras socialiste

Même dilemme pour les socialistes: leurs deux ministres ont déjà une forte influence sur le gouvernement en dirigeant les départements clefs, formation-jeunesse et santé-social. Priver l'un de ses deux ministres phares de son département au profit de la présidence pourrait poser problème au PS. Qui devrait en plus trancher entre ses deux conseillers d'Etat.

Le talent d'Anne-Catherine Lyon pour apaiser les débats, sur la brûlante question des notes à l'école par exemple, plaçait la socialiste en bonne place dans une éventuelle course à la présidence. Mais l'arrivée au gouvernement de Pierre-Yves Maillard il y a un an change la donne: non seulement l'ancien syndicaliste a lui aussi montré son aptitude au consensus, mais, vice-président du PS suisse et ancien conseiller national, il jouit d'une aura fédérale qui pourrait renforcer la présidence vaudoise.