Militantisme

«Dans un procès climatique, on ne juge pas des actes, mais des mobiles»

Les militants qui ont voulu dénoncer l’impact négatif des investissements réalisés par Credit Suisse sur le climat seront jugés en janvier à Lausanne. Leurs avocats bénévoles ont dévoilé la ligne de défense en amont du procès

«Lausanne ouvrira le bal des procès climatiques.» Marie-Pomme Moinat, une avocate des militants pour le climat, accusés de «violation de domicile», résume, ce jeudi devant la presse, le procès qui se déroulera en janvier à Lausanne. Ces 12 jeunes, âgés de 18 à 25 ans, seront jugés pour avoir occupé, en novembre dernier, une succursale de Credit Suisse déguisés en joueurs de tennis. Condamnés à verser une amende de 21 600 francs, en mai dernier, ils se sont opposés à cette sanction.

Le rôle central de la place financière

«Nos déguisements faisaient référence à Roger Federer, qui, en prêtant son image, se rend complice de cette banque et de ses investissements dévastateurs», rappelle un accusé, membre de Lausanne Action Climat. Par l’organisation d’actions simultanées à Lausanne, à Genève et à Bâle, les militants espéraient attirer l’attention sur le rôle que joue la place financière dans la production mondiale d’émission de gaz à effet de serre. «Credit Suisse est la banque qui investit le plus dans les combustibles fossiles: 7,8 milliards de dollars entre 2015 et 2017», souligne un autre accusé.

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Leur action était «pacifiste et proportionnée et n’a pas empêché les employés de travailler, estime l’avocate Antonella Cereghetti, bénévole comme ses 12 consœurs et confrères. Nous agissons pro bono, pour des raisons personnelles, mais aussi car nous estimons que ces jeunes ont agi en état de nécessité: la planète est un bien à protéger et son réchauffement un danger imminent.»

«Ce ne sont pas des désobéisseurs, mais des lanceurs d’alerte, poursuit son confrère Christian Bettex. Ils ne le font pas pour un problème personnel, mais global.» Pour que cette défense opère, encore faut-il reconnaître «l’urgence climatique, l’impact réel de ces investissements bancaires et la nécessité de la désobéissance civile en démocratie, renchérit l’avocate Irène Wettstein. Dans un procès climatique, on ne juge pas des actes, mais des mobiles, ce qui demande certaines connaissances.»

Des témoins sur le banc de touche

Pour ce faire, une dizaine de témoins issus des mondes académique, scientifique et économique sont prêts à prendre la parole lors de ce procès. Parmi eux, le climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele, ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, la professeure neuchâteloise Martine Rebetez ou encore Jérémy Désir, qui a démissionné de HSBC en écrivant une lettre à l’humanité. «Mais le président du Tribunal de police nous a fait savoir que seul Jacques Dubochet pourra témoigner, car il est proche géographiquement», s’étonne l’avocat Raphaël Mahaim.

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Sorte de préambule au procès de janvier, un militant de la Grève du climat sera jugé, ce lundi, au tribunal de Montbenon pour avoir recouvert un bâtiment de Credit Suisse d’empreintes de mains rouges, alors même que la banque a retiré sa plainte. Il s’agit d'«une mascarade» pour le collectif d’avocats, qui ignore encore s’il en sera de même pour le procès de janvier.

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