Islamisme

Encore un proche de Nicolas Blancho sur liste noire

Le président de l’Association des savants musulmans, dont le siège est à Berne et dont le Biennois Nicolas Blancho est le secrétaire, est accusé par le Trésor américain de financer le terrorisme. Il conteste

Un nouveau nom s’ajoute à la liste des fréquentations de Nicolas Blancho accusées de soutien au terrorisme par les Etats-Unis. Abdulmohsen Zabin Mutib Naif Al-Mutairi, président de l’Association des savants musulmans, vient d’être placé sur liste noire par le Trésor américain, a appris «Le Temps».

L’association qu’il préside est abritée à Berne au siège du Conseil central islamique suisse (CCIS) sous la société boîte à lettres SIB Swiss. Son but, selon le Registre du commerce, est de «contribuer à assurer la promotion des sciences islamiques, de mener des recherches sur le droit et la jurisprudence islamiques». Le secrétaire de cette association n’est autre que Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse.

Infographie interactive: Le réseau de Nicolas Blancho

Soutien financier et matériel à Al-Nosra

Que reproche Washington à Al-Mutairi, l’ami de Nicolas Blancho? L’homme basé au Koweït est accusé de fournir un soutien financier, matériel ou technologique ainsi que d’autres services au Front Al-Nosra ou à des entités soutenant cette organisation. Le Front Al-Nosra, actif en Syrie et au Liban, avait prêté allégeance à Al-Qaida jusqu’à l’été dernier où il s’est renommé Front Fatah al-Cham en annonçant sa rupture avec toute organisation extérieure. Ce qui n’avait cependant pas changé l’opinion de l’administration américaine. Elle continue de considérer le Front Fatah al Cham, ex Al-Nosra, comme un «groupe terroriste».

Un communiqué du Trésor américain diffusé en septembre donne des précisions sur les soupçons qui pèsent sur Al-Mutairi. Cela fait depuis 2012 que le Koweïtien est dans le viseur de Washington, soit un an après qu’il a fondé l’Association des savants musulmans.

En 2015, Al-Mutairi a soutenu Al-Nosra en collectant de l’argent pour ce groupe depuis d’autres facilitateurs basés dans le Golfe, affirment les Etats-Unis. En 2013, Al-Mutairi a travaillé pour des facilitateurs d’Al-Nosra en réunissant et en délivrant des fonds pour l’organisation, accuse encore le Trésor américain. Entre 2012 et 2013, il aurait aussi fourni des fonds à des individus pour qu’ils puissent rejoindre le front des combattants d’Al-Nosra en Syrie. Fait piquant, le gouvernement américain accuse encore Al-Mutairi, d’avoir, depuis 2012, utilisé des activités de charité pour réunir des fonds destinés à l’organisation terroriste Al-Nosra et pour financer les activités des combattants de cette dernière en Syrie.

Le cas est contesté

Abdulmohsen Al-Mutairi n’est pas le premier membre de l’Association des savants musulmans à figurer sur la liste noire du terrorisme des Etats-Unis. Son collègue Abdel Wahab Humaiqani est épinglé depuis 2013 comme «Specially Designated Global Terrorist». Confronté à nos questions sur ce point-là en mai dernier, Nicolas Blancho avait répondu ceci: «Je vais être très clair sur ce point. Moi je n’accepte pas la liste des Etats-Unis pour définir qui est radical et qui ne l’est pas. Sur cette liste, il y a beaucoup de personnes que je connais personnellement et je sais très bien qu’elles ne sont pas liées au terrorisme».

Jeudi, nous avons une nouvelle fois confronté le Conseil central islamique suisse de Nicolas Blancho aux dernières révélations, soit la présence de Al-Mutairi sur la liste américaine des «financiers de la terreur». Le CCIS renvoie pour l’essentiel à l’interview qu’il nous a donnée en mai. Il indique au surplus que Al-Mutairi est «un musulman respecté du Koweït». Comme son collègue Humaiqani, il réfute toutes les accusations portées contre lui par les Etats-Unis. «Al-Mutairi, avec l’aide du Ministère des affaires étrangères du Koweït, a fait appel contre cette désignation américaine» sur la liste terroriste, écrit encore le Conseil central islamique suisse. Le cas serait pendant.

Un point a cependant changé depuis mai. Tant Abdulmohsen Al-Mutairi qu’Abdel Wahab Humaiqani suspendent leurs activités au sein de l’Association des savants musulmans «tandis qu’ils essaient de faire retirer leur nom de la liste terroriste américaine», nous précise le CCIS.

Lire aussi: Plongée dans les réseaux sulfureux de Nicolas Blancho et du Conseil central islamique

La tourmente qui touche la tête de l’association semble en effet se propager à d’autres membres, comme Ismail Imad Eldin Bakri, caissier des Savants musulmans, mais aussi trésorier de la Fondation Waqf à Eindhoven que certains observateurs qualifient d’obédience salafiste. La presse néerlandaise s’interroge sur les liens entre cette fondation, qui, comme le CCIS, a pour a coutume d’organiser des conférences avec des invités parfois sulfureux, et le financement d’activités terroristes.

Enquête du MPC en cours

En Suisse, les dirigeants du Conseil central islamique suisse sont dans le viseur du Ministère public de la Confédération, qui en fait une haute priorité, comme il l’annonçait le mois dernier à la «NZZ». Le MPC veut savoir jusqu’où va la liberté d’expression et où commence la propagande pour des groupes terroristes. Il reproche à Nicolas Blancho, président du CCIS, à Qassim Illi, le numéro 2 du Conseil et à Naim Cherni, producteur de vidéos controversées, d’avoir enfreint l’article 2 de la loi fédérale interdisant les groupes Al-Qaida et Etat islamique, ainsi que les organisations apparentées.

Une procédure «motivée politiquement» se défend Nicolas Blancho. Il ne voit pas ce que le MPC lui reproche ainsi qu’à ses proches: «Si le Ministère public nous invite à Bellinzone (ndlr: où siège le Tribunal pénal fédéral) nous n’esquiverons pas. Mais nous ne nous laisserons pas pousser dans le coin terroriste par un procès spectacle», déclare Nicolas Blancho dans un communiqué diffusé en novembre, estimant que les autorités ont pour intention de «diffamer la plus grosse organisation islamique de Suisse».

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