Elle est petite, le cheveu noir, l'œil triste, une voix atone qui semble émerger de son long manteau sombre. Il a une calvitie naissante et une barbe presque blanche, un grand corps nerveux et le verbe facile. Elle a aujourd'hui 24 ans et lui 58. Ils ont été amants lorsqu'elle était son élève au Collège de Candolle: elle avait 16 ans et lui 50. L'histoire ne s'est pas bien terminée: trois ans après les faits, la jeune fille a finalement porté plainte. Et l'enseignant, entre-temps suspendu de ses fonctions, comparaissait hier devant la Cour correctionnelle de Genève.

La jeune fille raconte aujourd'hui ce qu'elle n'a pas eu la capacité de réaliser au moments des faits, entre 1996 et 1997. «J'étais subjuguée par lui. C'était un professeur charismatique, aimé de tous les élèves, il avait une façon unique de donner ses cours. Quand il a montré de l'intérêt pour moi, je me suis sentie élue. A l'époque, je traversais une dépression suite au divorce de mes parents, j'étais en psychothérapie et, parallèlement, je consommais beaucoup de haschich. Mais j'étais une brillante élève. J'avais un énorme besoin d'être reconnue.» La relation commence par des discussions au café près du collège, mais dérape l'année suivante. «Un jour, il m'a embrassée. Je sentais bien que ce n'était pas ce que je voulais, mais j'étais incapable de dire non. J'avais trop peur de perdre le crédit qu'il m'accordait.»

Relation «inadéquate»

Rapidement, ils deviennent amants. Elle se sent mal, humiliée, mais ne parvient pas à l'exprimer. Elle en parle à son psychiatre. «Cette relation m'est apparue comme inadéquate et inquiétante, relate ce dernier. A un moment donné, je craignais un suicide, une prise de drogue plus dure. J'ai pris sur moi d'avertir son père à l'été 1997. Elle en a été soulagée mais n'a compris que bien plus tard à quel point cette histoire avait été nocive pour elle.» La relation s'interrompt. Mais reprendra par intermittence les deux dernières années du collège. Aujourd'hui, les séquelles pèsent encore lourd pour elle: des études ratées, une dépression prolongée et une peur panique des relations sexuelles.

Du côté de l'enseignant par contre, c'est l'incompréhension totale. Il admet clairement avoir commis une faute professionnelle – «je n'ai pas mis la distance nécessaire» –, mais se défend d'avoir profité d'une situation de dépendance. Pour lui, c'est une histoire d'amour fusionnelle, consentante. «Vous n'avez jamais perçu sa détresse et sa fragilité?» demande le président. Le professeur n'a rien vu, rien remarqué. «J'étais obnubilé par mes sentiments.» Il avance même une explication psychanalytique. «C'était comme si un petit garçon, pas tout à fait bien fini, sortait enfin de moi parce qu'il avait pu éclore à son sourire. J'avais enfin rencontré une femme qui m'aime et m'admire comme j'aurais voulu que ma mère me regarde.» «Mais vous aviez trois fois son âge, vous n'étiez pas à égalité d'expérience?» relance le juge. L'accusé persiste: «C'était une relation d'adulte à adulte.»

Dénoncé en 2000 par la direction du Collège de Candolle, l'enseignant a été rapidement suspendu, puis licencié. L'infraction, transmise au procureur par le DIP, a été poursuivie d'office, en même temps que la jeune fille déposait plainte. Les faits étaient pourtant déjà connus du directeur de l'époque, l'actuel conseiller administratif de la Ville de Genève Manuel Tornare. Un retard que la Cour a voulu comprendre. Pourquoi l'institution n'a-t-elle pas réagi plus tôt? «Le père de l'élève est venu me voir quand il a eu connaissance de cette relation, a expliqué le magistrat. Mais il ne voulait pas porter plainte par peur que la pression soit trop grande pour sa fille, déjà fragile. J'ai privilégié le désir de la famille et gardé le silence, tout en m'assurant que cette élève ne serait plus en contact avec l'accusé.» «Avez-vous au moins parlé à l'enseignant concerné?» s'est interrogé le Ministère public. «Je ne m'en souviens pas. Je sais seulement qu'il avait fait la demande de ne pas avoir la classe de la jeune fille.» La Cour s'est contentée de cette réponse. Quant au jugement, il sera prononcé prochainement.