Le refus de l’article sur la famille marque une double opposition: entre Romands et Alémaniques et entre ville et campagne. Ces clivages reflètent des perceptions différentes du rôle de l’Etat et des réalités socio-économiques contrastées. Avec, aux deux extrêmes, la ville de Genève et les villages bucoliques d’Appenzell Rhodes-Intérieures. Entre les deux, un fossé culturel et un profond malentendu.

Schématiquement, les Appenzellois considèrent qu’il est égoïste de mettre sa progéniture à la crèche pour privilégier sa carrière professionnelle. «Pourquoi faire des enfants si on ne peut pas s’en occuper?» n’a-t-on cessé d’entendre pendant la campagne. Simplement parce que ce n’est souvent pas un choix. De nombreuses familles ne tourneraient pas si elles ne pouvaient pas cumuler deux revenus. Sans parler des familles monoparentales, qui jonglent au quotidien pour assurer une garde alternée.

Pour comprendre ces difficultés, encore faut-il y être confronté. C’est rarement le cas dans les campagnes de Suisse centrale et dans les milieux conservateurs, où la famille traditionnelle constitue toujours un pilier de la société, une valeur refuge. C’est cette vision idéalisée qu’une majorité de cantons a finalement imposée à une majorité populaire.