Une campagne de matraquage avec des arguments impalpables, sous la forme de chiffres et de prévisions invérifiables et de supports visuels improbables (un gâteau d’anniversaire et un cochon tire-lire): comment, dans ces conditions, Economiesuisse et les assureurs pouvaient-ils sérieusement espérer gagner la votation sur la baisse du taux de conversion du deuxième pilier?

Le résultat du vote – la projection de l’institut gfs.bern laisse entrevoir un rejet massif à trois contre un – est, de surcroît, influencé par une crise de confiance plus générale entre la population et les autorités politiques et économiques. A défaut d’arguments irréfutables, les partisans de la baisse du taux de conversion n’ont pu convaincre une population qui voit d’un mauvais œil les futurs retraités consentir un sacrifice alors que les grands dirigeants continuent de recevoir des bonus élevés.

On peut encore relever que le nombre de chômeurs est en augmentation depuis une année et que la révision en cours de l’assurance chômage prévoit de raccourcir certaines prestations. Cela n’a rien à voir avec le deuxième pilier, mais contribue à créer un climat de méfiance suffisant pour entraîner l’échec logique du projet mis au vote ce week-end. Le peuple a dit non à une révision floue proposée dans un contexte morose, une révision qui, d’ailleurs, vient se greffer sur une révision semblable qui est en cours et n’est pas encore achevée.

Le non était prévisible. Il est sec et sévère pour le Conseil fédéral, pour la majorité de droite du parlement, pour l’économie, pour les assureurs. Il laissera des traces.