Après la nouvelle Constitution, le métro lausannois! Pour la deuxième fois en quelques mois, le gouvernement remporte une victoire significative, de surcroît avec une marge confortable.

Le message est limpide: les Vaudois veulent voir leur Conseil d'Etat bâtir. Pour un exécutif qui vient d'être déstabilisé par deux ruptures de collégialité successives, l'occasion paraît belle de se ressouder, de miser sur la capacité du canton à aller de l'avant, et de trouver une nouvelle dynamique politique.

Il ne faudrait toutefois pas tomber dans l'euphorie. Un grand projet, fût-il de la dimension du M2, ne constitue pas une panacée.

D'un côté, un incontestable élan est créé. Ce grand chantier, planifié pour démarrer l'automne prochain, semble calibré pour jouer un rôle anticyclique. En outre, ses fondements sont bons. Pour une fois, organisations patronales et syndicats, groupements écologistes et associations automobilistes se sont trouvés du même côté, unis dans la défense du nouvel équipement.

Politiquement, ce large oui ouvre des perspectives consensuelles intéressantes, d'abord entre le canton et sa capitale. Souvent méfiant vis-à-vis de Lausanne, le Pays de Vaud est en train de reconnaître son potentiel. Il s'accepte urbain. Ce n'est pas une acceptation générale, et il ne faut pas négliger le sentiment d'abandon des régions les plus périphériques, mais le tournant est pris. Il faut désormais favoriser cette évolution.

Toujours dans une perspective de concorde, ce vote est une victoire personnelle pour celui qui l'incarne au Conseil d'Etat: Philippe Biéler, qui s'est d'ailleurs empressé de se réjouir d'«une victoire d'équipe». Déjà le mieux élu en mars dernier, il s'en trouve encore fortifié. A l'inverse, personnifiée à l'occasion d'une rupture de collégialité à contretemps par Charles-Louis Rochat, la stratégie conflictuelle privilégiée par les libéraux est battue en brèche. Tout cela tend à favoriser l'équilibre au centre que le Conseil d'Etat recherche.

Mais parallèlement, les maux du canton perdurent. Malgré le choc de la recapitalisation de la BCV, l'enthousiasme pour le métro montre que le goût du sacrifice est toujours aussi peu vaudois. Comme l'avait, paraît-il, annoncé Charles Favre, les citoyens n'ont aucune conscience des difficultés financières de l'Etat et les arguments de cet ordre n'ont eu que peu de poids.

La difficulté d'équilibrer le budget, de respecter une Constitution qui va imposer de nouveaux moyens pour couvrir les nouvelles dépenses, reste entière. Comment le Conseil d'Etat accordera-t-il programme de législature et planification financière? La question demeure, d'autant plus épineuse que le métro n'est plus une probabilité mais une obligation.

Si un succès est toujours bon pour l'ambiance de groupe, il ne faut enfin pas en exagérer la portée. Entre Jacqueline Maurer et Pierre Chiffelle notamment, les rancœurs du dossier BCV sont loin d'être effacées. Bref, le chemin du redressement vaudois reste long et des plus incertain.