Impôts

Un projet de réforme fiscale crée des remous au Tessin

Cadeau aux millionnaires et aux grandes entreprises ou mesures indispensables pour retenir les riches contribuables? Soumis au vote le 29 avril, le paquet par lequel le canton se prépare à PF17 divise le Tessin

Le 29 avril, les Tessinois seront appelés à s’exprimer pour ou contre une réforme «fisco-sociale». Un «pacte social entre politique, entreprises et citoyens», selon son concepteur, le directeur du Département des finances et de l'économie, Christian Vitta. Certains parlent d’une «bombe politique».

Le projet a été approuvé le 12 décembre dernier par la majorité du parlement. Seuls les Verts, le Mouvement pour le socialisme (MPS) et une partie des socialistes l’ont rejeté. Avec des syndicats et des associations de gauche, ceux-ci ont lancé un référendum, avec succès: plus de 10 000 signatures ont été récoltées en moins de trois semaines. Du coup, les citoyens se rendront aux urnes le dimanche 29 avril.

Le paquet inclut des mesures fiscales et sociales, jumelées, qui seront acceptées ou refusées en bloc. Les premières consistent essentiellement en allègements fiscaux pour 52,2 millions de francs pour les grands contribuables, les entreprises et les start-up. Parallèlement, des prestations sociales pour une valeur de 20 millions de francs sont prévues, lesquelles seraient prélevées sur la masse salariale des entreprises.

Rendre le canton plus compétitif

Les allègements fiscaux visent à rendre le Tessin – jugé comme l'un des cantons les plus «sociaux» fiscalement – plus attrayant. La droite et une partie de la gauche soutiennent la réforme, au même titre que la plupart des communes. Secrétaire de l’Association des communes tessinoises, Tobiolo Gianella souligne que le Tessin est l’un des cantons les plus chers au niveau de l’imposition.

«Cette réforme est compatible avec le Projet fiscal 17 (PF17), la nouvelle version de la réforme de l’imposition des entreprises, et rapprocherait le Tessin de la moyenne suisse, rendant le canton, et les communes, plus compétitifs.» Il ajoute que la perte de grands contribuables aurait des retombées négatives sur toutes les catégories sociales.

Chef du groupe de la Ligue des Tessinois au Grand Conseil, Daniele Caverzasio estime que la réforme, même si elle aurait pu être plus courageuse, créerait des conditions-cadres pour relancer l’économie à moyen terme. «Elle est soutenable, pragmatique et équilibrée. Il s’agit d’un bon compromis: elle rend le Tessin plus compétitif et elle tient compte des besoins des familles.»

«Petit sucre pour pilule amère»

En revanche, pour les détracteurs, les mesures sociales de la réforme sont comme un «petit sucre pour faire avaler une pilule amère». Selon les référendaires, le paquet contribuerait à alimenter une concurrence intercantonale au rabais, vidant les caisses publiques, accentuant les inégalités et affaiblissant l’Etat social.

La députée verte Michela Delcò Petralli rappelle que le Tessin est l’un des cantons avec le plus haut taux de pauvreté. Elle considère le versant social de la réforme comme une «riformetta» qui apporterait bien peu aux personnes sans enfants des classes moyennes. «Quant aux 52,2 millions d’allègements fiscaux, ils manqueront cruellement aux caisses de l’Etat. Ce seront encore les classes moyennes qui trinqueront.»

Dans un communiqué, le Forum alternatif fait valoir qu’il s’agit d’une réforme «libérale, inique et dangereuse» qui aurait de lourdes conséquences sur les salariés. Tandis qu’au syndicat Unia, son secrétaire Enrico Borelli dénonce des avantages fiscaux destinés à attirer de grandes entreprises, misant sur une main-d’œuvre victime du dumping salarial, «honteusement bon marché».

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