Immobilier

Un promoteur de villas de luxe a été arrêté à Genève

Tombé en disgrâce, E. A., un professionnel de la vente de chalets haut de gamme et autres logements de prestige, a été écroué mercredi soir au bout du Léman. Il est la cible d’une multitude de plaignants, auprès desquels il se serait endetté à hauteur de dizaines, voire de centaines de millions de francs

Dans les milieux légaux de Suisse romande, le dossier E. A., des initiales d’un promoteur spécialisé dans l’immobilier de luxe faisant l’objet d’un nombre record de plaintes, est celui de tous les superlatifs. «Le mode opératoire de cet individu d’origine française, c’est du jamais-vu, confie un avocat romand. Personne encore n’a, par son attitude, autant dénigré nos institutions que lui.»

La liste des accusations qui pèsent sur ce quinquagénaire est particulièrement copieuse: escroquerie, banqueroute frauduleuse, faux dans les titres, violation aggravée de la loi sur l’impôt à la source et de l’obligation de tenir une comptabilité, etc.

Fin février, la procureure genevoise Josepha Wohnrau confirmait à la Tribune de Genève l’ouverture d’une procédure pénale contre E. A. Le Temps vient d’apprendre que ce père de famille, lequel s’était forgé une réputation en bâtissant des chalets d’exception à Megève, a été embastillé au bout du Léman mercredi soir. Selon nos informations, E. A. aurait été cueilli à sa sortie d’avion, en provenance de Londres, soit l’un de ses points de chute avec Dubaï. Il était par le passé domicilié à Porrentruy – au bénéfice d’un forfait fiscal, dont il n’aurait jamais respecté les termes – et à Genève, où il prétend avoir été l’un des plus gros contributeurs.

 Poursuivi par des cantons, des particuliers et des grandes banques de la place

«La justice genevoise dispose à présent de 48 heures pour statuer sur son éventuelle détention provisoire», indique le représentant de certains créanciers d’E. A. Contacté, le Ministère public du bout du lac précise que le prévenu est toujours en cours d’audition, pour diverses infractions (escroqueries et faillite).

En vingt ans, E. A. aurait construit pour plus de 3 milliards de francs de chalets et autres villas d’exception. Des activités l’ont mené de la Savoie à Miami, en passant par le Valais, Luxembourg, Malte et la République dominicaine. E. A. s’est notamment associé à Thierry Dubuisson, un homme d’affaires belge au parcours chaotique, lié à plusieurs scandales en Valais, dont la construction avortée d’un hôtel 4 étoiles, d’un lotissement de résidences secondaires et de bains thermaux à Grimentz.

Contacté, l’avocat vaudois d’E. A. n’a pas retourné nos appels. «Le prévenu doit aujourd’hui plusieurs dizaines, voire des centaines de millions à des particuliers, à des institutions cantonales, ainsi qu'à de grandes entreprises suisses et étrangères», précise un avocat proche du dossier. Exemples de dettes, d'après les Offices des poursuites de Genève et du Jura: près de 15 millions de francs à la banque J. Safra Sarasin, un peu moins de 17 millions à la banque CIC, 7 millions auprès de BGL BNP Paribas (Luxembourg), ou encore plus de 17 millions à BNP Paribas Suisse.

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