Révélée par Le Temps, l'absence d'un représentant de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) à la bénédiction du tunnel du Gothard a fait réagir les réformés, qui considèrent que les quatre grandes religions doivent être présentes (LT du 11.05.16). Et pas seulement eux: le nouveau président du PDC, Gerhard Pfister, s'en est ému dans la Basler Zeitung et, jeudi, c'est l'ancien conseiller fédéral et cheville ouvrière des Nouvelles lignes ferroviaires alpines (NLFA), Adolf Ogi, qui a critiqué cette absence dans Blick.

Un plan initial modifié

Le Département fédéral des transports (DETEC) n'a pas été insensible à ces réactions. Il a sondé les différentes communautés. «Le DETEC et des représentants des églises chrétiennes de Suisse sont convenus que celles-ci seraient représentées par deux personnes, l’une de tradition catholique, l’autre de tradition protestante», a-t-il fait savoir jeudi par un porte-parole de l'Office fédéral des transports (OFT). Il modifie ainsi son plan initial. Celui-ci prévoyait que l'abbé Martin Werlen, d'Einsiedeln, soit le porte-voix unique de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes de Suisse (CTEC), qui réunit les catholiques, les protestants, les orthodoxes, etc.

La bénédiction de l'ouvrage aura lieu le 1er juin à 7 h 30, quelques heures avant l'inauguration officielle à laquelle participeront François Hollande, Angela Merkel et Matteo Renzi. Le porte-parole de l'OFT n'est pas en mesure de dire si l'ambassadeur de l'Eglise réformée prendra la parole. L'abbé Werlen a déclaré dans le Bote der Urschweiz qu'il ne souhaitait pas que deux orateurs chrétiens s'expriment. Cela serait contraire au thème de la communion, retenu comme fil rouge de la cérémonie, selon lui. Il se disait cependant prêt à lire lui-même des extraits de la «Bible de Zwingli».

Imam controversé

Il est en revanche prévu que des délégués des deux autres grandes religions monothéistes prennent la parole: le rabbin Marcel Ebel, de Zurich, et l'imam Bekim Alimi, de Wil dans le canton de Saint-Gall, désigné par la Fédération d'Organisations islamiques de Suisse.

Le choix de ce dernier, d'origine macédonienne, s'explique par le fait qu'une partie des mineurs ayant creusé le tunnel sont des musulmans originaires des Balkans. Arrivé en Suisse en 1998, âgé de 41 ans, il s'affiche comme un pacifiste et condamne les exactions de l'Etat islamique. Il ne fait toutefois pas l'unanimité dans la communauté musulmane. Certains de ses prêches sont controversés et une vidéo le montre en compagnie d'un imam radical albanais en Suède. Une partie des musulmans, dont Saida Keller-Messahli, présidente du Forum pour un islam progressiste, ne se sentent pas représentés par lui, a-t-elle fait savoir au Temps.