Intitulé «Le juge, le psy et l'accusé», un reportage de Temps présent, diffusé en mai 2007 par la TSR, portait un regard sévère sur le pouvoir grandissant des experts à travers l'analyse de cinq procès plus ou moins retentissants. Mis en cause pour avoir accordé trop de crédit au récit d'une fillette, le célèbre et d'ordinaire très médiatique psychiatre lausannois Gérard Salem a attaqué le caractère partial de l'émission après avoir refusé d'y participer. L'Autorité indépendante d'examen des plaintes en matière de radiotélévision (AIEP) lui a finalement donné raison en qualifiant la présentation d'unilatérale.

Contrairement à ce que souligne à plusieurs reprises la décision de l'AIEP pour exiger encore plus de précaution et de diligence journalistique dans la recherche d'un équilibre entre les points de vue, l'affaire querellée n'a pas été jugée à huis clos. La presse était bien présente et des articles ont été consacrés à ce procès difficile et exemplaire des difficultés liées au témoignage de l'enfant (LT des 23 et 24.05.2006).

Procès houleux

L'audience avait d'ailleurs été rude pour le docteur Salem. Pris à partie par la défense des trois frères - accusés d'avoir pratiqué des attouchements sur la fillette du plus âgé d'entreeux et finalement acquittés au bénéfice d'un doute insurmontable -, l'expert avait qualifié les propos de l'enfant de hautement crédibles après qu'un premier rapport eut conclu l'inverse. Ni les amplifications narratives de la fillette (elle a parlé d'une femme encagoulée et jetée dans le lac), ni ses rétractations (elle a expliqué avoir inventé les abus pour ne plus avoir à rendre visite à ce père qui la terrorisait) ne feront vaciller le psychiatre lausannois.

De sa position sans doute inconfortable, Gérard Salem ne dira rien devant les caméras de Temps présent. Il préfère invoquer le secret de fonction et le secret professionnel alors que d'autres confrères, notamment les professeurs Timothy Harding et Jacques Gasser, sont intervenus dans l'émission pour expliquer le rôle délicat de l'expert. Eux-mêmes avaient été autrement plus malmenés lors de l'affaire très médiatique du Grand-Pont, également abordée dans le reportage.

Dans le volet litigieux, l'émission donne longuement la parole à Me Lucio Amoruso. En tant qu'avocat du père accusé, ce dernier n'a pas ménagé ses critiques à l'encontre de Gérard Salem. Le psychiatre estime avoir passé pour un professionnel incompétent, entêté et lâche à l'issue d'un travail journalistique bâclé. Non sans s'offusquer d'une comparaison totalement disproportionnée avec le cas d'Outreau.

L'AIEP partage cette critique en retenant une violation du principe de la présentation fidèle des événements. Celui qui ne prend pas position face à des reproches est toujours désavantagé, relève la décision. Dès lors, la simple mention de son refus ne suffit plus. «Le journaliste est tenu d'introduire d'autres éléments permettant de sauvegarder les intérêts de la personne attaquée.» En résumé, le public n'a pas pu se forger sa propre opinion, n'a pas été informé du délicat problème de la rétractation faite par un enfant et a été «dangereusement» orienté par une mise en scène théâtrale.

L'opportunité d'un recours devant le Tribunal fédéral est encore à l'examen, explique Gilles Pache, directeur de l'information à la TSR. Et la question de savoir comment rendre compte de la position de quelqu'un qui refuse de s'exprimer reste entière, ajoute ce dernier.