«Il avait envie de voir le feu.» L'homme qui vient d'être arrêté pour avoir allumé, en 2005, plusieurs feux dans les quartiers de Carouge et des Acacias a agi «sous l'effet de pulsions incendiaires», selon la police genevoise. Son dernier délit date du 26 juillet: vers minuit, sous l'emprise de l'alcool et de stupéfiants, il a utilisé son briquet pour incendier un scooter, stationné à la place de l'Octroi, à Carouge.

Des aveux soudains

Le pyromane, âgé de 29 ans et multirécidiviste, a été repéré par un gendarme sur le lieu du délit. «Son forfait accompli, il est rentré chez lui. Mais comme il n'arrivait pas à voir les flammes, il est retourné à la place de l'Octroi», explique Eric Grandjean, porte-parole de la police genevoise. Interrogé par la police judiciaire sur le motif de sa présence, il a d'abord expliqué qu'il habitait dans le quartier et qu'il était tombé par hasard sur l'incendie. «Puis, il a soudain reconnu être l'auteur de l'incendie», selon la police.

Dans la foulée, l'homme a tout avoué. Car depuis janvier 2005, date de sa sortie de prison où il avait purgé une peine de trois ans pour des incendies intentionnels commis en 2002, il a semé la panique dans les quartiers de Carouge et des Acacias. Il a reconnu être l'auteur de deux incendies en février, rue du Pont-Neuf et rue des Pervenches, de deux autres en mars, à la rue du Grand-Bureau et à la place d'Armes. En avril et

en mai, il a mis le feu à une voiture rue Caroline et a incendié des cartons sur la plaine de Plainpalais.

Son arrestation a permis à la police de clore les enquêtes liées à des incendies volontaires dans les quartiers de Carouge et des Acacias. «L'intéressé regrette ses gestes et reconnaît avoir besoin d'un suivi médical», selon Eric Grandjean. Les dégâts qu'il aurait causés sont estimés à plusieurs centaines de milliers de francs.

Le phénomène semble s'intensifier à Genève. A tel point qu'en octobre 2004, la ministre Micheline Spoerri envisageait de recourir à un drone pour traquer les incendiaires. Selon Eric Grandjean, en 2004, la police est intervenue 73 fois pour des incendies de voitures, 7 fois pour des deux-roues. Vingt-six personnes ont été interpellées pour avoir commis des incendies intentionnels: 17 majeurs, et 9 mineurs. Pour le premier semestre 2005, la police recense 21 interventions. Selon Eric Grandjean, «il n'y a pas plus de pyromanes qu'avant, mais on en parle davantage. Souvent, la même personne est responsable d'une série d'incendie.»

Pas vraiment d'incendiaire type

Difficile d'établir le profil type des incendiaires qui ont récemment sévi à Genève, affirme Eric Grandjean. «En général, il s'agit de récidivistes qui agissent sous l'emprise de pulsions. Quant aux enfants à l'origine d'incendies, ils nous expliquent qu'ils voulaient voir les flammes.» Le porte-parole de la police ne cache pas qu'il est ardu de lutter contre ce type de délit «facile à commettre mais lourd de conséquences: dès que deux incendies sévissent dans un même quartier, la psychose s'installe.»