Proche de villas enfouies dans la verdure des arbres, le collège de la Florence, à Conches, devrait incarner, en quelque sorte, la réticence des opposants aux classes hétérogènes. Il s'agit en effet d'un des collèges recensant le plus grand nombre de classes prégymnasiales, mais aussi d'une école implantée dans un quartier dit favorisé. Son aspect extérieur ne traduit pourtant pas l'origine sociale des élèves de la Florence. Pour mieux se situer par rapport à la votation du 4 mars sur la généralisation d'un tronc commun en 7e année du Cycle d'orientation, les maîtres du collège ont procédé à un sondage. Résultat: environ 60% des enseignants se sont prononcés en faveur d'une 7e hétérogène.

Maître de français et de latin depuis près de quarante ans, Marc-Henri Friedli est clairement favorable au tronc commun. Pour lui, en maintenant les sections, «on travaille à court terme. On ne mesure pas ce que coûtera à la société le fait de laisser un quart des élèves sur le bas-côté de l'éducation.» Il trouve toutefois malheureux qu'on ait politisé le pédagogique. Il estime aussi que le système des sections est aujourd'hui en porte-à-faux avec le primaire et le postobligatoire dont la structure n'a plus rien à voir avec la segmentation inhérente aux sections.

Pour sa part, Charles Heimberger, enseignant d'histoire, est catégorique: «L'orientation doit précéder la sélection et non pas lui succéder. Sinon à quoi bon parler de Cycle d'orientation?» Dans une classe de générale, Charles Heimberger ne constate pas la dynamique pédagogique qu'il a pu observer dans des classes hétérogènes. En outre, à ses yeux, les élèves de générale et de pratique du collège de la Florence sont encore davantage stigmatisés par le fait que les classes latines et scientifiques sont trois fois plus nombreuses.

Leur collègue Daniel Tintori ne cherche pas à éluder les réserves de certains maîtres de la Florence, d'autant que 40% d'entre eux vont en effet plaider pour le maintien des sections. Mais il s'en explique: «Si certains maîtres sont réticents à l'hétérogénéité, cela tient à la peur de devoir gérer des classes tronc commun de 24 élèves, car la nouvelle loi ne garantit pas des effectifs de 18.»

Dans ce débat, l'avis des parents reste bien souvent en arrière-plan. En l'occurrence, les parents d'élèves du collège de la Florence, appartenant souvent à des milieux plutôt aisés, ne partagent pas tous l'opinion des enseignants. Une mère avoue d'ailleurs son désarroi. «C'est un peu le souk», avoue-t-elle pour démontrer son indécision quant au système à choisir. Fait courant dans ce débat passionné, elle souhaite garder l'anonymat. «Ce qui effraie le plus les parents de la Florence, c'est qu'ils croient que le tronc commun va rendre plus difficile l'accès au gymnase. Mais ils ne sont pas forcément contre la 7e hétérogène. C'est plus sa généralisation aux 8e et 9e qui les inquiète, parce qu'elle pourrait induire une baisse des exigences», analyse-t-elle.