Binationalité

Un quart des Suisses sont binationaux

25% des citoyens dispose d’un second passeport. Une étude de la Commission fédérale des migrations estime que ce chiffre en augmentation constante ne remet pas en cause la loyauté des binationaux et favorise même l’intégration

Naim Malaj, arrivé en Suisse en 1990 après avoir fui le régime de Milosevic, possède les nationalités suisse et kosovare depuis sa naturalisation en 2004. Adrian Portmann a quitté la Suisse en 1997 pour poursuivre ses études en République tchèque. Il est resté dans l’ancienne Bohême et a été naturalisé Tchèque en 2014. Tous deux ont ainsi rejoint une part croissante de la population helvétique: celle des double-nationaux. Depuis 1996, leur nombre a presque quadruplé, passant de 236 612 personnes à 901 851 en 2016. Cela représente 25% des citoyens.

Lire aussi une chronique: Double nationalité: cherchez l’erreur!

Cette augmentation importante est liée à l’internationalisation de la Suisse et de ses ressortissants, selon l’étude publiée aujourd’hui par la Commission fédérale des migrations (CMF). Les trois quarts des citoyens helvétiques résidant à l’étranger sont binationaux, signe que les liens avec le pays d’origine restent forts. Terre d’immigration, la Suisse compte 25% d’étrangers. L’acceptation de la double nationalité en 1992 et diverses mesures mises en place pour faciliter l’attribution du passeport à croix blanche à la naissance ont grandement favorisé le nombre de doubles nationalités. L’étude observe par ailleurs qu’une telle augmentation s’inscrit dans une tendance planétaire, liée à la mondialisation et à l’interconnexion croissante des sociétés humaines.

Au-delà des idées reçues

Pour le géographe et vice-président de la CMF, Etienne Piguet, l’étude apporte une pierre à l’édifice du débat public puisqu’elle permet de «briser la binarité à laquelle est trop souvent réduite la discussion sur la migration». Le préambule du texte précise d’ailleurs également «qu’une partie croissante de la population ne peut plus être attribuée à la simple catégorie de «Suisse» ou «étranger.» L’étude démontre que la permission de la double nationalité possède une vertu d’intégration, puisqu’elle rend plus attractive la naturalisation: les étrangers installés en Suisse ne doivent pas renoncer à leurs origines pour signifier leur appartenance à leur pays d’accueil, mais peuvent concilier leurs doubles sentiments.

Avantages et risques

Pour la Commission fédérale des migrations, être binational, ce n’est pas être moins loyal envers la Suisse, contrairement à ce que certains politiciens UDC ont soulevé. Lors de la dernière Coupe du monde de football, Natalie Rickli (ZH/UDC) avait accusé les footballeurs Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri d’avoir marqué «pour le Kosovo et non pour la Suisse», après avoir célébré leur but contre la Serbie en mimant l’aigle bicéphale.

Lire également: L’UDC ne veut pas de conseillers fédéraux binationaux

La question de la loyauté envers la Suisse s’était également posée lors de la succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral en 2017, avec les candidatures de Pierre Maudet, binational français, et d’Ignazio Cassis, Italo-Suisse. La vice-présidente de l’UDC Céline Amaudruz s’était inquiétée des papiers tricolores de son compatriote genevois, tandis que le conseiller national tessinois Marco Chiesa avait lancé une initiative parlementaire posant la renonciation de la double nationalité comme une condition pour intégrer l’exécutif fédéral. Ce qu’a fait de son plein gré Ignazio Cassis.

La Chambre basse a balayé cette idée lors de la dernière session parlementaire de décembre. Bien que battu, Marco Chiesa ne démord pas de son idée: «La tâche qu'accomplit un conseiller fédéral concerne la souveraineté nationale. Cet exercice du pouvoir requiert l'exclusivité d'une seule citoyenneté» avance-t-il.

Double nationale elle-même, la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD) estime que ce rapport ne fait que confirmer un discours qu’elle tient depuis longtemps: «Il y a mille façons d’être Suisse et toutes sont légitimes. Interdire à une personne de se présenter au Conseil fédéral parce qu’il est double national, c’est nier cette réalité.»

Cette étude confirme-t-elle les propos de la socialiste qui avaient tant enflammé la toile, lorsqu’elle avait déclaré au 1er Août 2017 que «la Suisse n’existe pas»? Etienne Piguet ne le pense pas: «La Suisse existe également au travers de personnes qui sont simultanément connectées à d’autres réseaux culturels, symboliques et économiques.»


Lire aussi nos articles sur cette question:

Publicité