L’affaire va faire du bruit. Le rappeur suisse Ensy est en train de déclencher une polémique en Suisse alémanique. Dans une vidéo postée sur YouTube le 12 février, dans laquelle il se met en scène, trois hommes en tenue orange, les mains derrière le dos, sont à genoux. Derrière eux, deux hommes masqués et armés. Une image qui fait directement référence aux otages de l’Etat islamique subissant la décapitation.

«Terreur mentale»

C’est 20 Minuten qui a révélé l’affaire. Le rappeur zurichois d’origine macédonienne ne s’est pas arrêté là: les otages portent des masques en papier avec les visages des politiciens UDC anti-islam Lukas Reimann et Oskar Freysinger. Ainsi que du satiriste Andreas Thiel, très critique envers les musulmans. Le tout avec les mélodies entêtantes qui enrobent les vidéos de propagande des djihadistes, et des versets du Coran récités.

On y entend Ensy lancer: «Alors, vous, les trois héros du peuple. Nous vous condamnons pour votre attitude critique envers l’islam. Vous êtes maintenant sur la liste rouge des terroristes et des extrémistes. Vous êtes responsables d’avoir déclenché un incendie. Vous êtes responsables de la terreur mentale contre l’islam.» Les trois otages fictifs, terrorisés, pleurnichent. Ensy: «Alors les demi-portions. Montrez ce que vous avez dans les tripes, avant que nous allumions une bombe.» Le faux Lukas Reimann répond: «Je voulais juste faire une carrière politique.» Un homme masqué avance, allume, avec son briquet, une petite bombe de carnaval. Qui explose.

Freysinger décontracté

Confronté à la vidéo, Lukas Reimann se dit choqué. Il souligne à 20 Minuten qu’il songe à une démarche juridique. Ensy – Ensar Abazi de son vrai nom – s’en était déjà pris à lui par le passé, en le comparant à un nazi. Le jeune UDC avait porté plainte et obtenu des excuses publiques.

Il s’inquiète surtout des effets de la vidéo, susceptibles de provoquer des menaces de mort à son encontre de la part de jeunes musulmans, dit-il. Egalement contacté par le média, Oskar Freysinger le prend pour l’instant de façon plus décontractée: «Tant que le rappeur ne recourt qu’à l’arme de l’humour, je n’ai pas de problème avec ce film. Je souhaite la bienvenue aux musulmans dans le pays de l’humour.»

Selon Saïda Keller-Messahli, présidente du Forum pour un islam progressiste, Ensar Abazi serait plutôt proche des idées du controversé Nicolas Blancho et de son Conseil central islamique suisse.