Genève internationale

Un rapport dénonce la «sidérante» inertie des dirigeants de la FIPOI

A la demande du Temps auprès du Préposé fédéral à la protection des données, le DFAE a finalement accepté de divulguer le rapport sur les dysfonctionnements de la Fondation des immeubles pour les organisations internationales. Le document est sévère à l’encontre de sa direction et de son conseil de fondation

C’est un rapport accablant envers les instances dirigeantes de la Fondation des immeubles pour les organisations internationales (FIPOI) que «Le Temps» a pu obtenir ce vendredi. Neuf mois après avoir saisi le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, le Département fédéral des affaires étrangères a finalement accepté de nous transmettre le rapport rédigé par l’ancien juge fédéral Claude Rouiller sur les dysfonctionnements de cet organe facilitateur de l’implantation et du développement des organisations internationales à Genève.

Pour rappel, des pratiques peu orthodoxes notamment en matière de procédures d’adjudication avaient conduit un employé à alerter le Contrôle fédéral des finances (CDF). Cette dénonciation avait abouti au licenciement de deux collaborateurs au printemps 2014, pour un petit mandat confié à un proche. Mécontent que les mesures se limitent à cela, le CDF avait saisi la Cour des comptes (CdC) genevoise. Si aucune infraction pénale n’avait été constatée, le sérieux dégât d’image pouvait menacer la sérénité du vote crucial de l’Assemblée générale de l’ONU portant sur la rénovation du Palais des Nations.

Un comportement sidérant

Que dit le rapport? D’abord, il confirme les dysfonctionnements graves constatés au sein de la FIPOI. A l’encontre de la direction et du conseil de fondation, alors présidé alternativement par l’ambassadeur auprès de l’ONU Alexandre Fasel et le président du gouvernement genevois François Longchamp, il leur reproche d’être entrés «dans une sorte de logique d’affrontement avec les auditeurs au lieu de saluer l’utilité de leurs constats et d’engager en urgence un processus de réforme profonde». Un comportement que Claude Rouiller qualifie de «sidérant». Il dénonce «l’accueil inadéquat» du Conseil de fondation aux conclusions et recommandations de la CdC. «Après avoir invité l’administration à se déterminer, le Conseil de fondation a malheureusement vu les choses par le petit bout de la lorgnette.»

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«Cantonnée dans une espèce d’autosatisfaction», la FIPOI n’avait pas «du tout pris conscience des dangers bien réels que son management défectueux lui fait courir», relève encore le rapport. Quant au comportement du conseil de fondation, il laisse «l’impression forte qu’il cherchait à maintenir le statu quo parce qu’il lui semblait à tort dangereux de changer la direction d’une institution qui, malgré tout, accomplit sa mission».

La très prudente Cour des comptes

Le rôle qu’a joué la Cour des comptes dans ce dossier est également passé au crible. Claude Rouiller s’interroge du caractère «soft» du rapport de la CdC «au point que, dans un premier temps, nous nous sommes demandé pourquoi elle n’avait pas cité certains faits plus accablants que ceux mentionnés». L’ancien juge conclut que la CdC «a, dans toute la mesure du possible, retenu son bras pour éviter que, si son rapport était diffusé dans le public, l’illustration des dysfonctionnements constatés ne porte une atteinte grave à l’image de la FIPOI et, au-delà, aux intérêts vitaux du canton».


Les documents:

  1. Le rapport Rouiller
  2. Le rapport de la Cour des comptes
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