Humiliations, indifférence et coups: le récit d’un journaliste infiltré dans le centre pour requérants d’asile de Kreuzlingen (TG), publié en janvier dans la «SonntagsZeitung», a fait peser de lourds soupçons sur le personnel de sécurité engagé sur le site, sous la responsabilité de la Confédération. Le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) avait ouvert une enquête externe, confiée à l’ancien juge fédéral Michel Féraud. Les conclusions de ce rapport, livrées mardi, disculpent les autorités et les employés de Securitas.

Le journaliste allemand et pakistanais Shams ul-Haq, se faisant passer pour un requérant d’asile, s’est infiltré durant cinq jours en janvier 2016 dans le centre d’enregistrement et de procédure de Kreuzlingen. Citant des employés, il relate des actes de violence physique à l’égard des migrants et raconte avoir vu lui-même à deux reprises un agent de sécurité gifler un requérant. Il évoque l’existence d’une pièce, où les hommes qui ne se plieraient pas aux règles seraient enfermés et frappés. Mais aussi la présence de passeurs, de dealers et de combattants de l’Etat islamique parmi la population enregistrée dans ce bâtiment.

«Si je mens, qu’en est-il des autres journalistes?»

«Ces reproches se révèlent sans aucun fondement», a affirmé mardi Michel Féraud, chargé de faire la lumière sur cette affaire. L’ancien juge fédéral s’est penché en particulier sur huit incidents qui auraient eu lieu entre août 2015 et janvier 2016, au cours desquels le personnel de sécurité du centre de Kreuzlingen aurait eu illégalement recours à la force physique. «Dans trois cas, le comportement agressif de certains requérants d’asile a engendré une situation de danger nécessitant une intervention physique de la part du personnel, qui a voulu à la fois protéger des tiers et se protéger lui-même», précise le rapport. Dans cinq cas, le recours à la violence physique n’a pas pu être corroboré. En revanche, l’enquête a permis d’attester d’un dérapage verbal, ainsi que d’une mesure disproportionnée: un requérant a dû rester dehors à peine vêtu durant 20 minutes, alors qu’il faisait froid.

«Ce rapport sous-entend que je mens, mais qu’en est-il des autres journalistes qui ont, avant et après moi, rapporté des cas de violences dans ce centre?», réagit Shams ul-Haq, contacté par téléphone. En mai, un article du «Tages Anzeiger», notamment, rapportait plusieurs cas d’agressivité verbale et d’intimidations de la part d’employés du SEM dans deux centres d’accueil, dont celui de Kreuzlingen. Il se basait sur les témoignages de traducteurs engagés pour accompagner les entretiens avec les nouveaux arrivants. «Le problème venait de deux employés. Depuis, l’un d’entre eux a été licencié et un autre a reçu un avertissement», explique le porte-parole du SEM Gieri Cavelty, soulignant qu’il n’y a pas de problème particulier à Kreuzlingen.

Dans son rapport, l’ancien juge fédéral recommande tout de même de mettre en place des formations continues afin d’améliorer les relations entre le personnel de sécurité et les requérants d’asile. Mais aussi de rétablir la présence de personnel d’encadrement la nuit, «afin d’épauler le service de sécurité». Mario Gattiker s’est déclaré «soulagé» par les conclusions de cette enquête. Le Secrétaire d’Etat aux migrations a souligné le «défi» particulier auquel ont dû faire face les centres d’enregistrements l’an dernier, face à un afflux particulier de réfugiés. Entre août 2015 et janvier 2016, 7299 personnes sont passées par le centre de Kreuzlingen, qui dispose de 290 places.