Votation

Un référendum contre la criminalisation de l’homophobie

L’UDF a réuni les signatures nécessaires pour combattre l’interdiction de discriminer selon l’orientation sexuelle en Suisse. Les organisations de défense des LGBT sont atterrées

L’Union démocratique fédérale (UDF) a déposé lundi le référendum «Non à la censure», qui rejette la criminalisation de «l’incitation à la haine ou à la discrimination de l’orientation sexuelle». Le parti souhaite ainsi défendre «le droit d’exprimer des opinions qui ne plaisent pas à tout le monde». Le peuple pourrait donc prochainement voter sur la question de savoir si – oui ou non – discriminer les homosexuels en Suisse demeure acceptable.

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Issue d’une initiative parlementaire de Mathias Reynard (PS/VS) acceptée au parlement en novembre 2018, la criminalisation de l’homophobie doit venir amender la norme pénale contre le racisme, qui comprend déjà «l’appartenance raciale, ethnique ou religieuse». Cette lacune avait été plusieurs fois pointée du doigt à l’international, notamment par l’ONU lors de son examen périodique et par la Commission européenne contre l’intolérance.

«La loi contre le racisme est utilisée pour faire taire les opposants politiques», considère toutefois l’UDF, selon laquelle l’ajout d’un critère basé sur l’orientation sexuelle suivrait la même logique. «Ce concept à peine compréhensible prépare le terrain à une pratique arbitraire», alerte le parti, qui met en garde contre «des vagues de plaintes absurdes contre des personnes qui adoptent une attitude critique à l’égard de l’homosexualité». La nouvelle norme ne serait de toute façon pas nécessaire, souligne l’UDF, qui juge que les discriminations liées aux préférences sexuelles en Suisse ne constituent qu’un «phénomène marginal».

Dieu, Satan et les minarets

Fondé en 1975, le parti religieux défend «l’idéal biblique du mariage à vie entre un homme et une femme». Présente dans cinq parlements cantonaux, tous alémaniques (AG, BE, SH, TG, ZH), l’Union a connu son heure de gloire au milieu des années 2000, avec deux conseillers nationaux. Elle n’est toutefois plus présente sous la coupole fédérale depuis 2011. Elle a signé l’un de ses plus grands succès en faisant partie du comité d’initiative «Contre la construction de minarets» – adoptée en 2009. Deux ans plus tôt, elle s’était également fait connaître du grand public en déposant une pétition contre la chanson de DJ BoBo Vampires Are Alive, interprétée pour la Suisse à l’Eurovision. Les évangéliques accusaient le concours de musique d’offrir une «plateforme à l’occultisme et aux satanistes». Antiavortement, l’UDF déplore par ailleurs la «déchristianisation de la société» et a déjà défendu des théories créationnistes.

Lors de la remise des signatures à la Chancellerie, l’UDF a livré un plaidoyer pour la liberté d’expression aux côtés d’autres organisations qui soutiennent le référendum comme Jugend & Familie, qui s’engage contre l’interruption volontaire de grossesse ou encore la Jeunesse UDC. «Nous n’avons rien contre les homosexuels», a souligné Hans Moser, le président suisse de l’UDF. «Nous pensons simplement qu’une loi doit protéger les personnes qui ne peuvent pas s’exprimer et que ce n’est pas le cas de celles qui vivent une orientation sexuelle particulière», a précisé Marc Früh, représentant romand de l’UDF. «Quand on veut soigner un problème de santé avec un médicament, il faut se pencher sur les effets secondaires», a encore ajouté Samuel Kullmann, le porte-parole du comité. Une fois les discours terminés, les référendaires ont déployé une bannière appelant à la tolérance.

Une partie des signatures récoltées indûment

A la suite du dépôt du référendum, les faîtières de défense des LGBT Pink Cross et LOS (Organisation suisse des lesbiennes) ont annoncé le lancement d’un site internet destiné à combattre les discriminations à venir durant la campagne: «Les appels à la haine ont des répercussions concrètes pour notre communauté, qui subit plus facilement des attaques à la suite de ce genre de paroles», a déploré leur directrice romande, Muriel Waeger.

Les associations ont aussi dénoncé les tricheries qui ont émaillé la récolte de signatures. Dans une vidéo tournée fin mars, le conseiller national Mathias Reynard avait en effet révélé que des paraphes récoltés en faveur du référendum de l’UDF étaient recueillis en prétendant qu’ils renforceraient la défense des LGBT. Vu le nombre de signatures récoltées (plus de 70 000), l’invalidation d’une partie d’entre elles ne devrait toutefois pas remettre en cause la validation du référendum, sur lequel un vote pourrait intervenir dès la fin de l’année. Pink Cross a déclaré s'attendre à «une campagne aux multiples coups bas».

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