Ce lundi, une alliance citoyenne a annoncé le lancement d’un référendum contre l’accord de libre-échange conclu en décembre dernier avec l’Indonésie. Intitulé «Stop huile de palme», il s’attaque aux importations de ce produit décrié pour son impact sur les forêts primaires. De manière plus générale, c’est toutefois l’intégralité du système d’échanges internationaux que les référendaires pointent du doigt. La contre-attaque réunit «pour l’instant» le syndicat agricole Uniterre, le vigneron bio genevois et politicien indépendant Willy Cretegny, les Jeunes socialistes, le mouvement de la grève du climat et plusieurs autres associations en lien avec la défense des droits des indigènes et de la nature.

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«Les accords de libre-échange sont dangereux»

«Juste avant Noël, quand l’accord a été signé, j’ai pensé que quelqu’un allait réagir», raconte Willy Cretegny. Voyant que ce n’est pas le cas, l’agriculteur décide de prendre les choses en main lui-même, réunit plusieurs sympathisants et organise la riposte. «Pour des questions climatiques, il est désormais nécessaire de mettre un terme au transport de biens d’un bout à l’autre de la planète, dit-il. D’autant que les paysans suisses seront aussi perdants, puisque leurs produits seront bientôt concurrencés par des denrées bien moins chères produites selon des normes moindres dans des conditions de travail qui violent parfois les droits de l’homme. Des biens indigènes comme le sucre de betterave sont déjà en danger en raison d’autres accords de libre-échange. Cette fois-ci, ce seront les huiles de colza et de tournesol.»

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Si l’accord conclu avec l’archipel de 265 millions de personnes prévoit certains mécanismes de protection du marché suisse des oléagineux, le comité réuni par Willy Cretegny doute de leur efficacité. Il souhaite en outre alerter l’opinion publique de manière plus large sur cette pratique commerciale. «Les accords de libre-échange sont dangereux, quels que soient les produits échangés, affirme l’agriculteur. Une avalanche de biens extrêmement bon marché encourage à consommer de manière déraisonnable. Les habits ne coûtent plus rien, les machines non plus, on jette au lieu de réparer. Le gouvernement soutient qu’il faut passer aux énergies renouvelables tout en soutenant ce genre d’accords qui poussent au gaspillage. On ne peut pas laisser passer ça. Alors que l’accord de libre-échange avec le Mercosur (marché commun entre l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay) sera bientôt discuté au parlement, nous désirons aussi lancer un signal.»

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Peu de temps pour bien faire

Lancée dans une certaine urgence, la récolte de signatures fait face à un double défi. Le temps, pour commencer: «L’accord de libre-échange est paru le 31 décembre dans la Feuille officielle, ce qui ne nous laisse que jusqu’au 9 avril pour réunir 50 000 signatures dans le délai de cent jours.» Or, presque un mois est déjà passé. Le soutien nécessaire, ensuite: aucun grand parti n’appuie pour le moment le mouvement. Cette lacune pourrait être rapidement comblée, à condition d’améliorer l’organisation de la fronde paysanne.

Contactée par Le Temps, la sénatrice Adèle Thorens Goumaz (Verts/VD) explique ainsi que son parti n’a «pas été sollicité». Sans s’avancer sur une position officielle, la politicienne indique cependant que sa formation a voté contre cet accord. «Le référendum sera donc perçu de manière positive dans nos rangs.» De quoi, peut-être, obtenir l’appui nécessaire pour rattraper le temps perdu.