L'opposition à la loi sur l'introduction du bilinguisme partiel dès l'école enfantine dans le système scolaire fribourgeois repose sur deux habitants de l'enclave broyarde de Surpierre, proche des villages vaudois de Lucens et d'Henniez (Le Temps du 17 décembre 1999). Pour l'heure, une centaine de signatures, sur les 6000 nécessaires pour que le peuple fribourgeois se prononce, ont été apposées sur les feuilles d'un référendum. Il sera sans doute soutenu par une minorité du corps enseignant opposé à la nouvelle pédagogie d'apprentissage de l'allemand définie par le pouvoir politique, et par des responsables communaux effrayés par la dépense.

Le syndic Alfons Gratwohl, ingénieur d'origine bâloise, a contacté toutes les communes du canton et leurs commissions scolaires pour développer les arguments économiques contre le modèle fribourgeois. Ce modèle, selon lui, coûtera 20 millions de francs par an, en grande partie à charge des communes. Le Département de l'instruction publique (DIP) avance le chiffre d'un demi-million.

Antoine Muller, l'instituteur du village de Surpierre (243 habitants), tente pour sa part de convaincre ses collègues enseignants. Etonnamment, le moteur de l'opposition n'est pas constitué de personnes effarouchées par le bilinguisme ou obnubilées par la peur de la germanisation du canton. Alfons Gratwohl et Antoine Muller sont tous deux bilingues et reconnaissent la nécessité de promouvoir l'apprentissage de la langue partenaire à Fribourg, soit l'allemand dans les communes francophones et le français dans le tiers du territoire germanophone.

Le principe dérange, mais pas l'esprit

C'est la méthode employée, soit le changement de la langue d'enseignement pour au maximum 15% des cours, qui les dérange. Pourtant, Antoine Muller, qui chante parfois en allemand à ses élèves et se dit prêt à «accueillir un enseignant de Tafers un après-midi» applique déjà partiellement la pédagogie préconisée par la nouvelle loi.

«Il y aura de grosses difficultés d'application dans le terrain car le DIP imposera le bilinguisme de manière artificielle, explique-t-il. Le bilinguisme doit s'instaurer naturellement, partout où le besoin se fait sentir, par exemple dans les districts déjà bilingues ou en ville de Fribourg, mais pas de manière artificielle dans d'autres régions du canton.»

Ce type d'opposition modérée, qui risque d'être récupérée par les partisans du déclenchement d'une guerre des langues ou par des enseignants réfractaires à tout changement, cache en réalité une grande méfiance envers le DIP qui détient les clés des modèles de bilinguisme à mettre en vigueur à partir d'une loi relativement floue. «Je n'ai aucune confiance dans le DIP car à plusieurs reprises il n'a pas tenu compte de l'avis des enseignants», affirme Antoine Muller.