Uber va être soumise à un régime contraignant à Zurich. Les citoyens du canton ont approuvé une nouvelle loi sur les taxis en ce sens. Les chauffeurs de la plate-forme numérique devront s’enregistrer auprès des autorités et se distinguer par une plaquette sur leur véhicule.

Les Zurichois ont adopté dimanche à 51,6% la nouvelle loi cantonale sur les services de taxis et de transports en limousine. Le taux de participation a atteint 42,4%.

Le nouveau régime prévoit une cantonalisation de la réglementation en la matière pour les 15 prochaines années. Jusqu’à présent, l’octroi d’autorisations d’exercer et de stationner ainsi que les plafonds tarifaires étaient de la compétence de chaque commune.

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Opposition bourgeoise

Le gouvernement zurichois était opposé à cette nouvelle loi. Il aurait préféré donner davantage de liberté aux communes et intervenir de manière moins contraignante. Une majorité inhabituelle, formée de la gauche, du PEV et de l’UDC avait approuvé le texte afin de garantir une concurrence loyale entre les taxis et la société numérique californienne.

L’UDC a retourné sa veste par la suite, rejoignant les autres partis bourgeois et les Vert’libéraux dans le camp des opposants. Durant la campagne, ces derniers ont dénoncé une «régulation d’Uber» et un «monstre bureaucratique» mettant des bâtons dans les roues de l’innovation. L’alliance du «non» était renforcée par une association de défense de la vie nocturne.

Dans le camp des partisans, dont faisaient aussi partie les PME, on salue cette mise à niveau des conditions d’autorisation entre les taxis et Uber. La nouvelle loi permettra en outre à tous les chauffeurs de taxi du canton d’utiliser les stations de taxis dans n’importe quelle commune.

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En Suisse, Uber est présente dans quatre villes. Tolérée à Zurich, Bâle et Lausanne, la société numérique californienne est sous le coup d’une interdiction à Genève, prononcée par le gouvernement cantonal en raison d’une violation de la loi sur les taxis et des services de limousines. Elle a toutefois fait recours contre cette décision. L’entrée en vigueur de l’interdiction est donc suspendue en attendant la décision de la Chambre administrative de la Cour de justice de Genève.


Projet de tunnel à un milliard refusé

Les votants ont, en revanche, rejeté la construction d’un tunnel de 2,3 km et de deux lignes de tram sur l’axe de transit de la Rosengartenstrasse, au nord-ouest de Zurich.

Le projet était contesté et la campagne émotionnelle, les opposants estimant qu’il drainerait davantage de trafic motorisé vers la ville plutôt que de le réduire. Les citoyens ont dit «non» à 61,5% au crédit de 1,1 milliard de francs et à 60,6% à la loi de mise en oeuvre du projet.

Le tunnel visait à soulager les riverains de la Rosengartenstrasse sur une distance de 700 mètres, tout en garantissant la fluidité du trafic routier et en promouvant les transports publics. Sa longueur aurait atteint 2,3 km en raison de sa forme circulaire et du relief pentu. Deux lignes de tram ainsi qu’une route ralentie et déclassée auraient occupé la surface à la place de l’actuel axe cantonal de transit.

Depuis 1972, ce dernier sépare le quartier de Wipkingen en deux. Malgré la construction des contournements autoroutiers au nord, puis au sud-ouest de la ville, le trafic y reste important: 56 000 véhicules y transitent chaque jour.

«D’un autre âge»

Le projet était soutenu par le gouvernement cantonal et l’ancienne majorité de droite du Grand Conseil. La municipalité rose-verte de Zurich appuyait le projet sans enthousiasme, alors que la majorité de gauche du parlement communal s’y opposait. Verts, socialistes et Vertl’libéraux dénonçaient un projet pharaonique «d’un autre âge» en pleine crise climatique.

Les opposants avaient aussi déploré les nuisances d’un long chantier (une dizaine d’années) pour le quartier et la destruction nécessaire d’une dizaine d’immeubles locatifs pour construire le tunnel.


Non à deux initiatives fiscales

Les Zurichois ont par ailleurs rejeté deux initiatives fiscales antinomiques, lancées par les jeunes socialistes et par les jeunes libéraux-radicaux. Ils ont refusé le texte de gauche à 60,9%. Ce dernier voulait réduire les impôts pour les revenus modestes et moyens, tout en augmentant ceux des personnes aisées.

La proposition de droite a, pour sa part, été renvoyée à l’expéditeur à une majorité de 69,7%. Elle voulait soulager tous les contribuables et supprimer le palier suprême pour les revenus les plus élevés.